A la veille des élections municipales de 2026, il convient de se retourner sur les bilans de l’action municipale et métropolitaine, mais aussi sur le bilan de la personnalité politique de celui qui brigue un second mandat à la tête de la ville de Metz. Jetons un œil dans le rétroviseur.
Après un mandat remporté de justesse (197 voix d’écart) en 2020, débuté dans un contexte de pandémie de Covid-19, François GROSDIDIER a cumulé les mandats tous azimuts : maire, puis président de la métropole, président de la fédération des maires de Moselle, vice-président du Conseil Régional en charge de l’université dans l’année qui a suivi son élection, ceci sans compter ses engagements dans divers conseils d’administration.
Hyperactif et incontournable, bien qu’il s’en soit défendu, François GROSDIDIER est vite devenu un « hyper-maire », omniprésent sur tous les sujets municipaux ou métropolitains, faisant feu de tout bois et le grand écart parfois, du nid de poule situé au coin d’une rue, jusqu’à la stratégie de l’universitarisation du CHR.
L’élu est clairement un travailleur acharné, mais Metz n’est pas Woippy (dont il fut maire avant de se présenter à Metz). Le changement d’échelle a ajouté des sujets parfois complexes englobant les 46 communes de la métropole, dans un contexte de concurrence des territoires et de crise des finances de l’État.

Dans ce contexte, depuis son arrivée, François GROSDIDIER n’a cessé de marteler qu’il avait « retrouvé des caisses vides et une dette à la hausse » en arrivant à la ville, se plaignant aussi d’une situation considérablement dégradée au niveau des bâtiments publics et de l’éclairage des rues pour ne citer que ces deux gros postes de dépense. Un « passif » attribué à son prédécesseur Dominique GROS, qu’il a d’emblée désigné comme responsable du manque de marges de manœuvre dont il héritait, et mille fois répété depuis.
A ce contexte se sont ajoutés les soubresauts du quotidien, les imprévus qu’il a bien fallu gérer, parmi lesquels on pourrait citer pêle-mêle : « la perte » du parking de la Cathédrale qui a conduit à remettre temporairement des voitures en stationnement place d’armes, la banqueroute de la Fédération des commerçants, la perte du Moselle Open pour lequel on ne l’a pas ou très peu entendu pour le défendre, les nombreux envahissements des gens du voyage qui ont même vandalisé l’une de leurs aires d’accueil toute neuve, pour ne citer que ceux-là… Un mandat de maire n’est pas un long fleuve tranquille. Comme ses prédécesseurs, François GROSDIDIER a lui aussi eu son lot de difficultés à gérer.
François GROSDIDIER s’est aussi mis des épines dans le pied tout seul, la gestion désastreuse de l’affaire du marathon de Metz en est un exemple, beaucoup se demandant encore aujourd’hui pourquoi il est allé s’embourber dans ce dossier où il n’y avait, semble-t-il, « rien à gagner ».
Pour couronner le tout, François GROSDIDIER a conduit ce mandat sous haute tension en cherchant régulièrement, et c’est l’une des caractéristiques de son « logiciel », le rapport de force, notamment avec son opposition, ses prédécesseurs, Nancy, le Préfet Laurent TOUVET, la justice et parfois les médias, locaux ou nationaux.
On serait épuisé pour moins, mais François GROSDIDIER en redemande. Il a même déjà abordé l’idée d’un troisième mandat avant de briguer le second. À 61 ans (qu’il a fêté le 25 février), le désormais ex-membre des Républicains (il a quitté LR à l’arrivée d’Eric CIOTTI à la présidence du parti), professionnel de la politique (il a commencé sa carrière politique en 1983 en devenant délégué départemental à la Jeunesse du RPR de Moselle), a légèrement remanié son équipe pour demander aux électeurs messins de lui accorder leur confiance pour un nouveau mandat qui, calendrier électoral aidant, durera 7 ans.
François GROSDIDIER a déjà indiqué qu’une fois élu à la ville, il demandera aux conseillers métropolitains des 45 autres communes de lui donner la présidence de la métropole pour cette même durée.
Une élection n’est jamais gagnée d’avance. Les électeurs confient un mandat à un élu, et si cet élu souhaite rempiler, ces mêmes électeurs regardent dans le rétroviseur en même temps que sur l’avenir proposé dans les programmes. Dans cet article, nous allons nous concentrer sur « les bilans » de François GROSDIDIER par rapport à ses promesses électorales de 2022, aux éléments saillants de certaines péripéties ou de son style, et ce qu’ils font émerger, la part d’inattendu et d’expérimentation dans certains dossiers, la part d’expérience enfin, notamment celle de « l’animal politique » rompu à toutes les situations.
Le bilan des promesses
Quand vient l’heure du bilan, il est avant tout temps de regarder si les promesses faites au cours de la campagne 2020 ont été ou non tenues. S’il est impossible de revenir sur chacune d’entre elles, il s’agit ici de passer factuellement les plus importantes à la loupe. Si ses adversaires d’alors disaient qu’il en avait peu, on peut le dire d’emblée, à quelques exceptions près, la plupart des promesses listées dans son programme électoral ont été tenues, même plusieurs projets affichent du retard.
Sécurité
François GROSDIDIER avait pris pour axe majeur de campagne la question de la sécurité, faisant jouer son expérience dans le domaine à Woippy. À Metz, il avait promis de déployer 1 000 caméras, d’augmenter les effectifs de la police municipale et de renforcer la présence sur le terrain. Les effectifs de la police municipale comptent aujourd’hui 124 agents (+25% depuis 2020), les équipes de proximité (îlotiers) sont présentes dans certains quartiers, et des unités d’intervention sont prêtes à intervenir en ville toute l’année, 24h/24.
La vidéosurveillance s’est bien généralisée, appuyée par l’ouverture d’un Centre de Supervision Urbain pour 3 millions d’euros, piloté désormais par la métropole. D’autres nouveautés sont à signaler, dont la création d’une brigade canine, et celle d’une police métropolitaine. La « Maison des polices » prévue à Borny dans le programme électoral, n’a par contre pas vu le jour, mais le budget d’investissement et de fonctionnement de la sécurité a fait un bond considérable, comme promis.
Jeunesse
Sur la question scolaire, le retour à la semaine des 4 jours qui l’opposait à son adversaire Xavier BOUVET, a bien été validé en début de mandat. Conformément aux annonces, les chantiers se sont multipliés pour végétaliser les cours et les abords des écoles, au rythme de plusieurs établissements par an depuis 2021. En élargissant à la vie étudiante, la maison de l’étudiant prévue pour être localisée au centre-ville, baptisée Le Cap, a été inaugurée en mai 2024, et la MIEEU a suivi au technopôle, quant au CROUS, sa rénovation a bien eu lieu. Metz n’a pas regagné autant d’étudiants qu’il l’aurait souhaité, mais Georgia Tech a consolidé sa présence, et l’institut de logistique a entamé son chemin en 2025.
Culture et sport
Sur le plan culturel, la rénovation de l’Opéra-Théâtre, prévue avant le mandat et confirmée par le candidat, a été lancée par la métropole (35 millions d’euros avec un accompagnement financier de l’État et du département). Un Pavillon de la biodiversité a quant à lui été ouvert au musée de La Cour d’Or pour 3,5 millions d’euros. L’entrée du musée est bien devenue gratuite, comme l’avait promis François GROSDIDIER pendant la campagne. La médiathèque promise au centre-ville n’a toutefois jamais été réalisée.
Le nouveau Pôle gymnique souhaité par le candidat prend forme, sa livraison est prévue au printemps 2026 pour un coût de 10 millions d’euros. Sur le plan sportif, le bilan « hors promesses électorales » sera traité plus bas.
Propreté
Concernant la propreté, autre axe majeur du programme de 2020, des avancées sont à signaler. La conteneurisation (métropolitaine) s’est poursuivie tandis que la ville a rénové ses équipements. Plusieurs locaux à déchets ont été déployés dans des cellules vides du centre. Des progrès dont se satisfait la majorité, mais qui demandera encore des efforts.
Les piles de poubelles en pleine rue n’ont pas encore disparu du paysage malgré les annonces initiales, et la réalité de ce problème épineux a souvent glissé des peaux de banane sur les réseaux sociaux. Là aussi l’objet d’un bras de fer avec l’architecte des bâtiments de France, sous les fenêtres desquels des conteneurs ont été alignés comme un défi.
Fiscalité
La fiscalité est une autre épine dans le pied de François GROSDIDIER. Lui, qui avait promis de ne pas augmenter les impôts locaux, est revenu sur son engagement de campagne. En 2023, sa majorité a entériné une hausse de 14,3 % de la taxe foncière en mettant la responsabilité sur ses prédécesseurs : une mesure qui a provoqué la grogne des Messins, dont nombre de ses partisans, mais pas celle d’Emmanuel LEBEAU pourtant fervent opposant de l’impôt, qui se retrouve aujourd’hui sur la liste de François GROSDIDIER.
Commerce
Face à un commerce de centre-ville en perdition, incapable de s’adapter aux défis du numérique, François GROSDIDIER avait fait du « réenchantement » du centre-ville son cheval de bataille. Le terme, martelé par l’édile, regroupe tous les projets d’aménagement urbain, de la voirie à la végétalisation. Il s’agit avant tout de valoriser le patrimoine de Metz, aux yeux des touristes comme des locaux. Le porte-étendard de cette politique est la création de la Serpentine dans le cadre des travaux de réaménagement des rues Serpenoise et Ladoucette. La structure, critiquée par l’opposition pour son coût, a cristallisé les tensions sur le mandat. Si le groupe municipal Unis pour Metz dénonce un coût global de plus de 5 millions d’euros, le maire signale que la Serpentine en elle-même, à savoir les structures métalliques et les jardinières, n’aurait coûté « que » 1,2 million d’euros. Le résultat de cette construction livrée partiellement à l’été 2025 et surtout son impact sur l’attractivité en berne du centre-ville fait beaucoup de sceptiques.
La proposition de mise en place d’une taxe sur les cellules vides s’est bien métamorphosée en 2022, mais les progrès contre la vacance commerciale semblent bien en deçà de ce qui pouvait être attendu. Au niveau de la métropole, une concession de redéveloppement immobilier a tout de même été lancée en 2025. Dotée d’une enveloppe de 27,8 millions, elle vise à acquérir et rénover 20 immeubles stratégiques (rue des Allemands, rue Serpenoise, etc.), en traitant à la fois les commerces au rez-de-chaussée et les logements aux étages. Si le mécanisme est aujourd’hui en action avec plusieurs acquisitions en projet, son lancement a pris bien plus longtemps que prévu, et il faudra encore quelque temps avant de savoir si des progrès tangibles en résultent.
La plateforme de e-commerce annoncée par François GROSDIDIER après la crise du Covid a bien existé. Du nom de « Metzemplettes » (initialement « J’achète à Metz Métropole »), elle n’a pas trouvé écho chez les Messins ni ailleurs, avant de tomber dans l’oubli et de disparaître. Manque de communication, plateforme inadaptée, projet non conforme avec une collectivité ? Reste que le succès n’était pas au rendez-vous, la plateforme étant fermée depuis longtemps.
Très dernièrement, c’est le centre St Jacques qui a illustré jusque dans les médias nationaux, la spirale négative dans laquelle le commerce de centre-ville s’enfonce toujours à Metz, 6 ans après le début du mandat, et malgré les invectives lancées par le maire au propriétaire des lieux. Les trop rares ouvertures de commerce, car il y en a, ne peuvent pas effacer la réalité des rideaux fermés et des désertions des grands magasins. Les commerçants font grise mine, désespèrent de voir une augmentation de la densité des restaurants le centre-ville, et peu croient que la Serpentine attirera du monde dans une rue Serpenoise qui n’a plus la puissance d’attractivité qu’elle avait il y a plus d’une décennie.
Transports
Promis en 2020, le prolongement de la ligne Mettis C est en cours, avec une section centrale restant à terminer. Cette dernière ne sera pas réalisée avant fin 2027 en raison de terrains difficiles à acquérir par la collectivité. Il y a bien eu des réunions de quartier organisées, mais les habitants les plus concernés sont plutôt peu informés. Une enveloppe de plus de 84 millions d’euros est consacrée au projet. Cette nouvelle ligne circulera à l’hydrogène conformément aux engagements du candidat de l’époque, qui souhaitait utiliser la technologie dans le mix messin. Il faudra attendre plusieurs années encore avant de voir ces nouveaux bus passer.
La circulation à sens unique pour les voitures que la ligne C installera fait partie des grandes interrogations, et le fait que les bus partagent la voie des véhicules dans l’autre sens en a consterné plus d’un. En attendant cette nouvelle organisation de la ville, la majorité a enregistré un succès, avec l’extension de la ligne Mettis A vers l’hôpital Robert Schuman qui a été inaugurée en août 2025.
La promesse de « remailler le Met’ avec des liaisons de bus inter quartiers sans passage obligatoire au centre » est elle encore très largement sous-réalisée et il est très souvent bien plus rapide d’aller d’un quartier à l’autre à vélo, voire à pied, que de prendre le bus vers le centre pour repartir ensuite. Un report qui n’est de toute façon pas souhaité par François GROSDIDIER qui cible les conducteurs de voitures. Une réorganisation du réseau Le Met’ en 5 lignes est bien annoncée pour 2027, mais l’horizon est post mandat.
Les navettes fluviales imaginées dans le programme sont elles en circulation depuis plusieurs années avec le dispositif Metz’O. Leur vocation touristique a largement pris le pas sur le volet transport en commun pour les usagers pressés, mais le ressenti global reste bon. Si l’opposition a dénoncé un budget bien trop important pour l’impact, reste que la liaison via l’eau n’a fait qu’ajouter un moyen sans rien retirer ailleurs, le dispositif a même été primé au national.
Des progrès ont été faits pour le vélo en ville avec l’aménagement très visible du « ring » au centre-ville ou encore le déploiement récent des vélos en libre-service GraouLib’, venant compléter ceux du Met, il faudra encore du temps pour que cela soit vraiment intégré aux modes de déplacement des habitants.
Reste que certaines infrastructures sont toujours attendues. C’est par exemple le cas de la passerelle Wadrineau qui a elle aussi pris du retard. Si le chantier devait à l’origine démarrer en février 2025, il n’a pour l’instant pas débuté. La livraison est prévue en 2027 pour cet ouvrage attendu, estimé à plus de 7 millions d’euros.
Un mandat tronqué ?
Nombre de projets ont ainsi été lancés sur la fin du mandat où les dépenses d’investissement se sont accrues. François GROSDIDIER n’hésite jamais à rappeler l’importance du Covid-19 et l’impact de la crise énergétique pour expliquer les retards de certaines infrastructures. À la métropole comme à la ville, l’opposition messine a estimé que les projets d’envergure ont manqué de consistance, d’ambition, et d’entrée concrète dans la réalité, fatiguée de voir ces explications brandies à tout bout de champ.
Mais outre le bilan du maire en matière de promesses, c’est aussi sa vision à long terme pour la ville, et son style personnel qui divisent.
François GROSDIDIER, une gestion qui divise ?
Des imbroglios en série
Le style « bulldozer » de François GROSDIDIER n’a laissé personne indifférent. Le président-maire n’a durant son mandat pas hésité à fustiger les « injonctions contradictoires » de l’État, souhaitant aller vite, quitte à risquer de passer devant les tribunaux. Le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) a ainsi été annulé par le tribunal de Strasbourg (à lire ici), un camouflet pour ce document qui a nécessité plusieurs années de travail, mais dont les défauts avaient été soulignés. Cela ne va pas sans poser un vrai problème pour assurer une politique de développement urbain et de logement cohérente. Les acteurs publics comme privés sont pour l’instant laissés dans l’expectative, le passage en force n’a pas fonctionné.
Devant le refus de la dénomination « Eurométropole », la collectivité est allée au conflit avec le Préfet, se faisant retoquer par le tribunal administratif de Strasbourg, avant de réussir à changer de nom en ajoutant un tiret. Les partisans du président de la métropole salueront la victoire, les autres dénonceront la manière, autant que la nature non-stratégique de la bataille.
Après deux annulations successives du Marathon, liées à des conflits post-Covid internes à l’association suivis d’un conflit entre l’association et la mairie, François GROSDIDIER avait décidé de passer par un appel d’offres, mais sans que la métropole ne soit dotée de la compétence adéquate pour le faire. Résultat, le tribunal était alors venu annuler le contrat passé avec la société RNK, laissant toutefois l’événement se tenir pour ne pas léser les coureurs. Une gestion du dossier qui pose question, et une épine dans le pied de François GROSDIDIER pour laquelle beaucoup se demandent les raisons de cet acharnement. Autre résultat du jugement du TA, il ne devrait pas y avoir de marathon en 2026 à Metz, une course pourtant préalablement éligible (et élue) pour être qualificative aux championnats de France, dont la réputation a été salie sur la période du mandat dans la communauté de la course à pied.
Toujours au niveau sportif, la perte du tournoi ATP 250 Moselle Open, sur fond de conflit avec notamment son adjoint aux finances Eric LUCAS (également actionnaire du tournoi), a été beaucoup commentée, mais très peu par François GROSDIDIER lui-même, justifiant ce silence par le fait qu’il s’agissait d’un problème interne à une organisation privée, mais confronté au fait que cet argument ne l’avait pas inquiété pour le conflit de l’association du marathon (lire ci-dessus). Les observateurs et partenaires habituels du sport sont dans l’interrogation. L’arrivée opportune d’un ATP 125, largement commentée celle-ci, qui génère une concurrence directe avec le tournoi de ATP Challenger de Thionville, laisse un goût amer à bon nombre d’observateurs du monde sportif et économique, mais aussi politique.
Un style offensif
Élu « maire de toutes les messines et de tous les messins », François GROSDIDIER n’a cessé de tirer à boulet rouge aussi bien sur ses oppositions que sur la mandature précédente de Dominique GROS. Principal axe de reproche : le budget, la mandature précédente lui aurait ainsi laissé des « caisses vides ». L’opposition lui reproche pourtant elle aussi ses dépenses. À la ville, l’encours de la dette qui atteignait 92,4 millions d’euros en 2020 se situe désormais à 137 millions fin 2025. Un facteur compensé selon la majorité par une hausse de l’épargne brute, désormais située à 28 millions d’euros. Une bataille de chiffres, technique et piégeuse, dans laquelle il est facile de dire tout et son contraire, et dont il résulte la persistance d’une incompréhension, associée à la frustration d’une hausse de la fiscalité pourtant écartée pendant la campagne (lire plus haut).
Si François GROSDIDIER n’hésite pas à rappeler la publication de « La mirabelle et le photon » où il livrait son horizon pour l’avenir de Metz, la critique du manque de vision revient régulièrement à son encontre. Le maire sortant privilégie régulièrement le format de l’expérimentation, que ce soit pour la piétonnisation du centre-ville (récupérée dans le programme de l’opposition) autant que pour le port de l’uniforme scolaire. Mais son opposition, elle, lui demandait une ambition bien plus grande.
Cette politique assumée a la vertu de recueillir des retours avant de graver dans le marbre des décisions. Les détracteurs de la méthode y voient là une forme de manque de convictions et d’immobilisme alors que d’autres villes similaires prennent plus de risques dans leurs choix politiques.
Un maire face à la justice
Sur le plan personnel, diverses procédures judiciaires ont touché François GROSDIDIER durant sa mandature. En 2023, il avait déjà été condamné à six mois de prison avec sursis pour « prise illégale d’intérêts », après avoir, en sa qualité de député, attribué une subvention provenant de sa réserve parlementaire à l’association qu’il présidait.
Puis, en décembre 2025, à quelques mois des prochaines élections municipales, il était renvoyé devant la justice pour « détournement de fonds publics » en lien avec des faits s’étant déroulés durant sa période woippycienne de 2010 à 2016 et attenant au recrutement d’un collaborateur. Il s’était alors porté en cassation afin de repousser le jugement. Comme le montreront les chiffres de notre enquête de lectorat (lire par ailleurs), l’impact de ces affaires judiciaires est considérable sur l’opinion.
François Grosdidier sur tous les terrains
A certains moments, François GROSIDIDER a su aller là où certains ne l’attendaient pas forcément.
Des progrès notables ont été réalisés pour la cause animale sous la mandature en lien avec la délégation de Rachel BURGY, adjointe à la transition écologique. Des pigeonniers contraceptifs, au refus du traditionnel feu d’artifice du 14 juillet sur le plan d’Eau en passant par une charte du bien-être animal et la création de plusieurs caniparcs. On peut aussi noter la signature récente de la charte ETICA de l’ONG Welfarm et le projet de création d’un cimetière pour animaux de compagnie.
L’Écologie a aussi fait partie du discours et des actes du maire sortant tout au long de son mandat. Le cloître des Récollets s’installe comme un « haut lieu » avec l’action de l’Institut Européen d’Écologie. L’édifice bénéficie d’un important chantier qui s’étendra jusqu’en 2027, mais les messins peuvent à nouveau accéder aux jardins suspendus qui offrent une vue sur le quartier Outre-Seille. Tout cela accompagne aussi le Pavillon de la Biodiversité (évoqué précédemment) dans une logique de sensibiliser la population dont les plus jeunes, et ce depuis les cours d’école. Si certains crieront au « green washing » et à la communication outrancière avec le plan « Jardin 2030 », il est indéniable que François GROSDIDIER s’est saisi du sujet et affiche sinon des réussites, mais au moins des progrès dans le domaine. Reste la critique du long terme sur ce même sujet, celle sur la supposée permissivité accordée aux voitures, et celle sur l’immobilité du réseau de transport en commun.
La question de l’éclairage public a pris un tournant avec la crise, après avoir éteint les lumières dans les quartiers, le maire a fait le choix de les rallumer en juillet dernier. Une décision justifiée par l’ambitieux plan d’équipement LED des candélabres. De 20 % d’ampoules LED en 2020, plus de 80 % ont été équipées fin 2025. 20 millions d’euros ont été mobilisés sur le mandat, et des économies de l’ordre de 900 000 euros par an sont attendues. L’éclairage intelligent est aussi expérimenté dans plusieurs lieux de Metz, dont au Saulcy, avec des lumières rouges pour ne pas gêner la biodiversité, dans une logique de cohabitation entre l’homme et la faune urbaine.
L’attractivité de Metz, enjeu majeur
De 2020 à 2026, Metz a su rayonner en accueillant des événements de premier plan. Le passage de la flamme olympique, la cérémonie du Guide Michelin, le décollage de la Coupe aéronautique Gordon Bennett sont autant de grands rendez-vous qui ont braqué les caméras d’Europe, et même du monde, sur Metz. Le marché de Noël collectionne aussi les distinctions. Si l’action du département est à souligner, la ville et la métropole de Metz ne sont pas absentes des débats, loin de là.
L’ouverture de la Maison Heler (« l’hôtel Starck ») est là aussi venue renforcer la politique touristique portée par la majorité, et l’agence Inspire Metz. Avec comme cœur de cible le tourisme d’affaire, le maire de Metz a longtemps souhaité l’arrivé de restaurants haut de gamme. Après la 1ère étoile du Yozora, le restaurant du Pompidou-Metz, un établissement du groupe Bernard Loiseau ouvrira prochainement place de Chambre et un autre restaurant devrait s’installer à la Maison de l’éclusier, près du Plan d’Eau.
Un politique d’expérience
A certain moments, François GROSDIDIER en aura surpris plus d’un. Le ralliement de Béatrice AGAMENNONE, ex-adjointe de Dominique GROS, durant l’entre-deux tours en 2020 avait laissé plus d’un commentateur pantois. La coopération s’est finalement avérée fructueuse entre les deux politiques. Le cas du ralliement d’Emmanuel LEBEAU en 2026 démontre la capacité du maire de Metz à s’attacher le soutien certains adversaires politiques ou d’électrons libres. S’il utilise souvent une rhétorique assez dure envers ses opposants, il sait aussi faire preuve, quand il le souhaite, de finesse politique aussi bien lors des échéances électorales que durant son mandat.
Après avoir eu des relations plus que tendues avec l’ancien préfet Laurent TOUVET,François GROSDIDIER semble avoir trouvé un partenaire privilégié en la personne de Pascal BOLOT, le nouveau préfet de Moselle. Les deux semblent s’accorder sur de nombreux sujets au bénéfice de la ville, que ce soit sur la lutte contre la délinquance ou la question des occupations illégales des gens du voyage. Cette relation de confiance s’est avérée productive sur la fin de mandat, le maire obtenant gain de cause dans plusieurs dossiers, dont la dénomination de la métropole en Euro-Métropole.
À défaut d’avoir instauré un budget participatif, François GROSDIDIER a privilégié le contact direct avec les Messins. Il a ses dernières années multipliés les réunions de quartiers, allant échanger directement avec les habitants sur les questions qui les préoccupent (souvent les poubelles, le stationnement et les nuisances…). Et si l’intérêt de ces échanges différait d’un rendez-vous à l’autre, le canal d’accès au maire est resté ouvert, même si la décision budgétaire, elle, a été retirée du champ des habitants pour leurs projets locaux.
Voilà pour les bilans. D’autres articles vont couvrir les enseignements tirés de la grande enquête de lectorat que nous avons lancée en février, avec notamment le bilan par les électeurs, leurs attentes pour le nouveau mandat, et leurs intentions de vote, qui seront publiés dans les haures qui viennent sur Tout-Metz.