Politique & social

Mouvement social contre la réforme des retraites : un jeudi après-midi compliqué en prévision

Ce jeudi 19 janvier 2023, des perturbations sont attendues (notamment) dans la plupart des services publics, dans les écoles et dans les transports (Le Met’, Keolis) en raison d’un mouvement syndical national contre la réforme des retraites.

« Inutile » selon les syndicats, « indispensable » selon le gouvernement, cette réforme a été dévoilée le 10 janvier dernier, après une phase de concertation avec les partenaires sociaux au cours de laquelle les organisations syndicales disent ne pas avoir été entendues sur leurs propositions, « aucune » en l’occurrence selon l’intersyndicale de Moselle.

En Moselle comme dans le reste du pays, une première journée de mobilisation est donc organisée par les organisations syndicales ce jeudi 19 janvier 2023, ces dernières espèrent déjà que le mouvement sera reconduit. Une journée « test » pour le mouvement, qui permettra aux différents syndicats de déterminer la marche à suivre selon son succès, ou l’interprétation de ce succès.

Conférence de presse de l’intersyndicale le 13 janvier 2023, pour annoncer le mouvement de lutte contre la réforme des retraites

Attendues en nombre sans quoi le mouvement pourrait chanceler, les syndicats espèrent ainsi réunir 10.000 personnes à Metz pour une manifestation dont le mot d’ordre commun est « abandon de la réforme ». Si la mobilisation est suffisamment importante selon les chiffres des manifestants qui seront présentés par les syndicats au soir de ce jeudi, de nouvelles actions plus ou moins ciblées seront organisées dans les jours et les semaines à venir. L’union intersyndicale espère aussi voir se joindre à eux des mouvements étudiants.

Du côté des perturbations attendues sur l’agglomération de Metz, les bretelles de sortie du diffuseur n°32 de l’autoroute A31 seront fermées à la circulation dans les deux sens entre Nancy et Luxembourg à partir de 14h et ce durant toute la durée de la manifestation. Il faudra donc utiliser les bretelles n°31 ou n°33.

Dès 12h, le rassemblement se fera sur la parvis de la gare SNCF. Le cortège des manifestants devrait se mettre en route vers 14h30 et suivre le parcours suivant : place du Général De Gaulle, rue François de Curel, avenue Foch, place Raymond Mondon, rue Harelle, avenue Robert Schuman, rue Serpenoise, rue de la Doucette, en Fournirue, place d’Armes, rue d’Estrées, place de Chambre, rue Paul Tornow, pont de la Préfecture avant de rejoindre la place de la comédie pour 16h45. Des prises de parole y sont prévues avant la fin officielle planifiée pour 17h.

Toujours à Metz Métropole, pour le réseau des transports en commun de bus, le service minimum garanti sera de niveau 1, correspondant à 75% de services assurés pour les lignes METTIS A et B, LIANES L1 à L5, CITEIS C11, C13 et C15. Les Navettes N81 CITY, N83 CITY et N84 ne circuleront pas. Les lignes PROXIS P101 à P113, les lignes à vocation scolaire, les lignes C12, C14, C16, C17 , les Navettes (sauf N81-N83 et N84) et les lignes FLEXO circuleront normalement.

Positions diamétralement opposées

Au fil du temps, d’un système reconnu à bout de souffle mais pour lequel les propositions des gouvernements successifs étaient refusées par les organisations syndicales, on est passés à un système qui ne le serait plus et qu’il est inutile de réformer, ou alors pas de la façon dont le gouvernement le propose. Gouvernement et syndicats campent ainsi sur des positions diamétralement opposées, à grands coups de chiffres, de pourcentages et de déclarations totalement contradictoires, parfois même de chiffres de sondages balancés sans source et avec des écarts importants comme il a été possible de le constater en conférence de presse.

Du côté des organisations syndicales, les motifs de refus sont clairs : « une réforme inutile » car le système n’aurait pas de problème à venir, mais aussi « une réforme injuste » car elle ne prendrait pas en compte les réalités des plus faibles, des carrières longues et de la pénibilité de certains métiers. Le sujet de la réforme des régimes spéciaux, pourtant particulièrement concerné par les syndicats représentés, a soigneusement été évité. Au-delà, les propositions syndicales visant à trouver d’autres solutions pour stabiliser et financer le système de retraites par répartition sur le long terme auraient été retoquées par un gouvernement « qui n’écoute pas » et même « qui ment » selon certains représentants syndicaux qui ont énuméré ces pistes.

Réunis à Metz en conférence de presse le 13 janvier 2023, les organisations syndicales ont expliqué le mouvement à notre micro :

Du côté du gouvernement, on martèle la nécessité d’anticiper les évolutions démographiques, en repoussant l’âge de départ à la retraite à taux plein à 64 ans, tout en tenant compte des situations spécifiques, et en supprimant les régimes spéciaux. L’argument est mathématique : on dénombrerait à l’avenir de moins en moins de salariés pour cotiser par rapport à un nombre grandissant de retraites à financer du fait de l’allongement de la durée de vie, un paramètre que le gouvernement ne souhaite pas intégrer comme variable pour éviter une fuite en avant de l’âge de départ à la retraite.

Du côté des chefs d’entreprise, c’est un peu la résignation. Si l’on met de côté les chiffres parfois stratosphériques des grands groupes du CAC40, le gros des entreprises, bien loin de ces superprofits, est quant à lui concentré sur la fin du mois, les problème de recrutement, la hausse du coût de l’énergie et des matières premières, mais aussi la peur parfois fantasmée d’un ralentissement en 2023… toutes ces choses dont ils se passeraient bien, alors que le remboursement des PGE salvateurs suite à la pandémie se poursuit ou s’engage.

Du côté des salariés, la représentativité relative des syndicats déclare porter la voix « de l’immense majorité » de celles et ceux qui travaillent. On parle de plusieurs milliers d’adhérents que les organisations syndicales de Moselle, interrogées sur le sujet le 13 janvier, ne souhaitent pas dénombrer officiellement. Au-delà des adhérents, les syndicats indiquent porter également la voix des branches de métiers et des salariés du privé qui ont plus de difficultés à se mettre en grève. Un récent sondage commenté ici par le JDD confirme cet avis puisque 68% des français seraient opposés à cette réforme.

L’histoire des réformes des retraites bégaie depuis 1993

Les (tentatives de) réformes des retraites des gouvernements successifs ont été systématiquement refusées par les syndicats, et ont à chaque fois entraîné des mouvements sociaux d’envergure. La réforme de 2023 du gouvernement d’Elizabeth BORNE ne fait pas exception à la règle, et réunit contre elle un front intersyndical qui, bien qu’en désaccord partiel sur ce qu’il faudrait réformer, était aligné sur le rejet de la proposition de loi avant même qu’il soit présenté.

On se souvient qu’au fil des réformes, seul le plan Juppé sur les retraites en 1995 a été retoqué. La réforme BALLADUR en 1993, et les réformes qui se sont succédées ensuite ont petit à petit modifié le système malgré les protestations syndicales : François FILLON en 2003, Eric WOERTH en 2010 et Marisol TOURAINE en 2013. En 2020, la première tentative sous Edouard PHILIPPE avait quant à elle été reportée en raison de la pandémie. Elle revient en 2023, modifiée de façon importante dans les choix d’orientation; mais avec le même objectif.

Dépassés par le mouvement incontrôlable des gilets jaunes en 2018, divisés sur les solutions à apporter aux problématiques du travail, arqueboutés sur un discours parfois perçu comme poussiéreux de lutte sociale, souvent associés aux seuls salariés du secteur public, et ancrés dans des actions qui ne tournent (dans leur partie visible) qu’autour des blocages à l’heure où les français aimeraient être un peu tranquilles, les syndicats jouent donc gros sur cette journée du 19 janvier 2023 en général, et tenteront malgré leurs désaccords, de garder ce front uni pour faire dévisser le projet de loi.

Le bras de fer s’engage donc à la mi-janvier 2023, alors que le texte commence à être étudié par les députés, qui l’amenderont comme c’est généralement le cas, en fonction de l’évolution des débats. Les syndicats eux, s’occupent de mettre la pression sur le gouvernement en commençant par la rue.

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