Politique & social

Metz Métropole : l’Université de Lorraine sur le grill

Face aux doutes et à la méfiance exprimée par certains élus, le président de l'Université a défendu son bilan sur Metz

Le conseil métropolitain de Metz Métropole qui se tenait ce lundi 25 février 2018 aura vu l’intervention du président de l’université de Lorraine, Pierre Mutzenhardt , venu faire face aux élus de la métropole.

Ces derniers ont exprimé de vives inquiétudes sur la situation de la partie messine de l’université.

Pierre Mutzenhardt (à droite), président de l’Université de Lorraine, a défendu le bilan de l’université sur le site de Metz face aux élus de Metz Métropole ce lundi 25 février 2019.

Sa présentation visait à défendre le bilan de l’université par rapport au site de Metz Métropole… un bilan qui peut être résumé comme suit : « tout va bien pour l’université à Metz, ou presque ».

Sauf que plusieurs élus ne sont pas du tout du même avis, et le lui on fait savoir plus ou moins vertement en se succédant au micro pour asséner les arguments, tout en le remerciant d’avoir accepté de se confronter au débat.

Les équilibres d’origine de Metz et de Nancy n’existeraient plus

Voulue en son temps par les autorités en place, l’université de Lorraine est née de la fusion des universités de Metz et de Nancy le 1er janvier 2012, après un processus qui aura duré 7 années.

Un partenariat qui s’est notamment basé, à ce moment là, sur un équilibre entre les deux villes principales de Lorraine… équilibre qui aurait du être maintenu, sauf qu’au regard d’un certain nombre de paramètres, beaucoup d’élus de la métropole affirment que le compte n’y est plus.

Gilbert Krausener, VP de la métropole en charge de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation, a précisé ce désaccord à notre micro :

En brandissant des chiffres inquiétants, parfois même contradictoires par rapport à ceux avancés par le président de l’université sur l’évolution de la chose, Gilbert Krausener, Richard Lioger, Bernard Heulluy, Isabelle Kaucic, Jérémy Aldrin, François Grosdidier et Dominique Gros ont mis en lumière le problème de confiance créé, de fait, par des déséquilibres entretenus semble-t-il au seul profit de Nancy, ou du simple fait de la structure décisionnelle de l’université.

Metz Métropole a ainsi fait part de ses interrogations et de sa vigilance quant aux performances et à l’attractivité de « sa partie » de l’université. Et les élus d’aligner les chiffres.

Des chiffres et des symboles sensibles

Sur les 15 directions opérationnelles de l’université, 13 étaient à Nancy, une de plus vient d’y partir, et la dernière messine est en mauvaise posture… « Il faut dire que les postes sont plutôt publiés à Nancy » glisse un connaisseur en coulisses, rappelant que le deal d’origine était de conserver 2 à 3 directions à Metz.

Sur 14 contrats doctoraux, Nancy en a 13… Cela fait assez mal quand on pense à la clé de répartition de l’équilibre, fixée en théorie à 2/3 pour Nancy, et 1/3 pour Metz. Cela serait dû au manque de candidatures partant ou basées à Metz. « Mais avec 13 contrats à Nancy, ils sont plus puissants et trustent le système » nous glisse-t-on encore…

Du côté de la répartition et du transfert de cadres de direction vers Nancy, elle serait en en accélération, vidant Metz peu à peu, ce que le président de l’Université écarte, même s’il reconnaît que « certains postes sont chargés de symboles et qu’ils méritent donc une certaine attention » pour être maintenus à Metz. « C’est de la cosmétique » nous dit-on, « même s’il n’est pas illogique que l’essentiel des postes soient proches du siège, et donc à Nancy ».

Le projet de création d’une nouvelle formation d’ingénieur à Metz (MISTA), dont la mise en place est « soumise au vote d’un collegium majoritairement nancéien », patine de façon « surprenante », sous-entendant le doute sur son caractère délibéré. Il faut dire que le projet affiche un délai de 3 ans déjà (voir plus bas).

Au coeur des questions portées par les élus, il y a la confiance sur laquelle s’est bâtie l’université de Lorraine, lorsque certains pointaient le risque de la tentation par Nancy de tirer la couverture.

En creux, la question est la suivante :

Metz s’est-elle fait avoir ?

Le sujet des équilibres entre Metz et Nancy est sensible, et l’Université de Lorraine, symbole d’un partage longtemps attendu entre les deux cités, est un « lieu » très politique. Bien trop diront certains au regard de sa fonction première.

Un équilibre complexe et difficile à analyser

En guise de réponse, le président de l’université a tenté de démontrer que le « versant messin » de l’université n’était pas si mal en point qu’on voulait bien le croire.

Au contraire même, l’université de Lorraine aurait, suite à sa création, permis à Metz de se redresser à partir de 2013 grâce à l’effet de poids obtenu par la fusion, et donc grâce à cette université co-construite.

Evolution des effectifs de l’enseignement supérieur. La courbe de Metz est facile à trouver : c’est la verte en bas (1). Son redressement en 2013 sur le schéma correspondrait à l’effet de la création de L’université de Lorraine.

Brandissant notamment sa 250ème place mondiale (parmi plusieurs milliers d’universités dans le monde), Pierre Mutzenhardt a ainsi expliqué que cette position très honorable ne pourrait pas être obtenue, individuellement, par l’une ou l’autre des désormais ex universités de Nancy ou de Metz.

Pierre Mutzenhardt a d’ailleurs répondu à nos questions au sortir des échanges qui ont suivi son intervention :

Le problème de confiance ? Il n’y a pas à en avoir, même si la vigilance des élus est bien légitime. Selon le président de l’université, les décisions sont prises en fonction du résultat des analyses faites sur le terrain, et dans un cadre contraint à bien des niveaux, où l’université n’a pas toujours la main.

Le dossier MISTA ? Reçu trop tard, pour l’instruction du dossier. Il nécessitera d’ailleurs dans tous les cas une répartition des personnels encadrants à périmètre constant. Entendez là qu’il faudra déshabiller certaines formations pour en construire une nouvelle. Même s’il est favorable à la création de nouvelles formations d’ingénieurs à Metz, Pierre Mutzenhardt est très clair : il ne peut pas le faire d’un coup de baguette magique.

En matière d’équilibre, celui d’une université bâtie sur une ancienne rivalité n’est pas chose facile à établir, voir même à définir.

En tant que président de l’université de Lorraine, Pierre Mutzenhardt a du développer au fil du temps des compétences d’acrobate, là où les élus de Metz attendent aujourd’hui un retour à des ratios dignes d’un comptable, et de sa position de Métropole.


(1) Les autres courbes comparées sont celles des ratios d’évolution en France, du Grand Est, de Strasbourg, de Reims et de Nancy. Période : 2001/2002 > 2016/2017.

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Un commentaire

  1. Tout d’abord, je dois vous dire qu’en 2003 j’étais un promoteur du rapprochement avec Nancy. Je m’en étais entretenu à la Région Lorraine. J’ai également été chargé de mission, membre des conseils d’administration et scientifique de l’Université Paul Verlaine – Metz. Je crois avoir voté clairement pour une université de Lorraine. Aujourd’hui, je dois avouer une grave erreur et constater un échec.

    Cette erreur est assez simple à comprendre. C’est une erreur de vision. A l’époque, notre hypothèse stratégique était de vouloir prendre une avance sur les autres régions françaises en arrivant à mettre en place une université de type campus régional. Il s’agissait :

    1. de favoriser toute une région, de simplifier les formes de collaborations et de renforcer les soutiens de la Région Lorraine. L’hypothèse implicite de nos réflexions de l’époque était que les régions allaient chapeauter les universités, et pas les métropoles.
    2. de faire une grande université face à celle qui était en développement à Luxembourg;
    3. de devenir un acteur français incontournable de la recherche avec une visibilité internationale de premier plan et une attractivité forte pour les entreprises.

    Quinze années après, le bilan pour Metz, et en particulier notre campus messin, est mauvais:

    1. La région Lorraine n’existe plus… Donc d’avance sur les autres régions, il n’y en a pas eu et maintenant Metz va accuser du retard, car c’est la logique des métropoles qui a gagné et pas celle des régions.
    2. Metz-Métropole est la seule des 22 métropoles françaises à ne pas avoir de siège d’université sur son territoire.
    3. Concernant l’université du Luxembourg… le constat est amer. Une partie de la jeunesse messine prend l’autobus tous les jours pour se rendre au campus de Belval (http://www.metz-belval.com/ ). Cette liaison ne cesse d’augmenter, l’université de Lorraine a échoué, car les mauvaises décisions ont été prises. Il fallait faire de Metz un campus pointu, décisionnaire et spécialisé, l’Université de Lorraine en a fait un campus de masse géré depuis Nancy.
    4. Malgré les discours officiels de l’actuelle Présidence, il s’avère que l’Université de Lorraine a dégringolé dans les classements. Au niveau mondial, classée 500ème en 2013, nous sommes à présent classés 801ème, par le QS ranking (https://www.topuniversities.com/universities/university-lorraine ).
    5. Le déséquilibre structurel des pouvoirs qui confère à Nancy la centralité des décisions (Présidence, Vice-présidents, Directions, Collegium, Pôles scientifiques, Sénat…) ne fait qu’engendrer des dysfonctionnements organisationnels et l’épuisement des chercheurs. Une bonne partie de la difficulté de notre travail de chercheurs et d’enseignants vient que nous nous épuisons à essayer de faire fonctionner une organisation que la complexité rend impraticable. L’université de Lorraine est devenue ingérable: les risques psychosociaux augmentent; deux suicides se sont déroulés sur le lieu de travail, les recours juridiques deviennent le mode de gestion; sa démocratie interne est devenue caricaturale; sans compter l’hémorragie des collègues qui quittent l’Université de Lorraine pour une meilleure université, c’est tout dire ! L’Université de Lorraine nous conduit régulièrement à des impasses qui nous placent dans une impossibilité pratique de bien faire notre travail. Son organisation matricielle a démultiplié les contrôles et les lourdeurs décisionnelles, occasionnant une complication structurelle de notre travail de recherche et de formation de nos étudiants. Nous ne pouvons plus compter le temps perdu ni l’énergie dépensée à colmater, par nos efforts et notre volonté de bien faire notre métier, une organisation délétère qui demande un travail intenable.

    Bref, les accords lorrains et les principes organisationnels imaginés sont à présent dépassés et n’ont plus de sens en 2019. La Lorraine n’existe plus, par voie de conséquence il n’est plus justifié qu’elle ait un modèle centralisé d’université. La stratégie régionale a été une erreur de vision, l’histoire nous a donné tort !

    Pour autant, les choses ne doivent pas rester en l’état. L’enseignement supérieur et la recherche à Metz méritent bien mieux. L’erreur de vision stratégique doit être rectifiée par un projet innovant, radicalement différent et centré sur le développement de Metz et de la Moselle au sein de la Région Grand Est.

    Même si des avancées pour le site messin existent, il n’en reste pas moins qu’en parallèle, notre campus souffre d’un déséquilibre des pouvoirs et des lieux de décision. Il souffre d’une organisation complexe et mal maitrisée qui entrave son efficacité et occasionne une perte de nos moyens et emplois. La solution se trouve-t-elle dans une dé-fusion progressive, dans une université fédérale, ou dans une université indépendante à Metz, la question mérite aujourd’hui d’être posée et je suis ravi qu’elle soit enfin portée par des élus mosellans, et bien au-delà.

    Pour ma part, je pense qu’il y a une place pour chaque métropole de la Région Grand Est, et aucune des métropoles n’y perdrait, bien au contraire. Cela n’empêcherait pas des collaborations avec Nancy pour les équipes, les masters, les laboratoires qui le souhaiteraient. Pas plus que cela n’empêcherait les partenariats avec les universités de Reims, Troyes, Strasbourg, Mulhouse et du Luxembourg… De nouvelles opportunités s’ouvriraient pour Metz, une nouvelle audace pour une grande métropole dans une grande région. Il faut une « université service public de sa métropole » qui donne les mêmes chances à tous les étudiants, à tous les enseignants-chercheurs, à tous les personnels et à tous ses partenaires économiques, culturels et sociaux. Ayons de l’audace, repensons de la place de Metz dans l’enseignement supérieur et la recherche !

    EB.

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