Politique & social

Nom de la région Alsace Champagne Ardenne Lorraine : mission impossible ?

Donner un nom à la nouvelle région qui a uni, de force, l’Alsace, la Champagne-Ardenne et la Lorraine lors de la réforme territoriale : une mission extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible.

Pour éviter une désignation d’office, l’équipe du président Philippe Richert, a choisi de mettre en place une consultation citoyenne, et confié au préalable la sélection de 3 noms potentiels à un comité de 60 personnes (lire notre article ici pour plus d’informations sur ce sujet), qui se sont réunis par 3 fois pendant plusieurs heures, pour plancher sur les 332 propositions initiales.

A ce stade, il est important de signaler que l’auteur du présent article a fait partie de ce comité, représentant parmi d’autres, les médias de la nouvelle région.

Crève-coeur

Le résultat de ces travaux a été officialisé le samedi 12 mars 2016, à l’issue de la troisième et dernière séance de travail. Le comité de réflexion a ainsi accouché de trois propositions (Acalie, Nouvelle Austrasie et Rhin-Champagne), d’une surprise (l’absence de Grand Est, qui a même provoqué l’émergence d’une pétition en ligne pour son retour) et provoqué de grands débats sans fin et parfois houleux sur les réseaux sociaux.

Le comité, qui a fait au mieux pour faire émerger une logique derrière chaque nom écarté ou sélectionné, en prend pour son grade. A juste titre ? peut-être.

On peut se demander s’il était réellement possible de trouver LE nom qui ferait consensus dans les trois anciens territoires, et auprès de personnes ayant chacune une vision différente. La réponse est clairement non, car si ce nom avait existé il aurait été trouvé, et l’ambiance serait à l’apaisement, alors qu’en réalité c’est tout le contraire.

On pourrait écrire beaucoup de choses sur le choix de la méthode, sur la mise en oeuvre de la méthode elle-même, sur les réactions des citoyens, sur celles des politiques. Une partie de ces critiques serait justifiée, bien qu’il soit toujours plus facile de critiquer a posteriori.

En fait, on pourrait dire tout et son contraire sans réellement être totalement dans le faux, ni entièrement dans le vrai. Le sentiment qui ressort de ce processus est complexe, insatisfaisant.

Certitudes

Voici quelques constats que l’on peut établir avec certitude.

Tout d’abord, cet assemblage de trois anciennes régions que le président Hollande a imposé dans des circonstances floues pour ne pas dire discutables, sans concertation, à marche forcée, et en provoquant beaucoup de dégâts, ne pouvait pas déboucher sur autre chose que sur un fort rejet, y compris sur le simple (?) nom du nouvel ensemble.

Si le recours aux travaux de citoyens semblait être bonne sur le papier, le cas réel a montré les limites de l’exercice, en tout cas pour un sujet si délicat que l’établissement d’une liste de noms.

Au-delà de la dénomination, beaucoup d’habitants ont traduit que c’était avant tout aux identités régionales que la réforme territoriale s’était attaquée. Déstabilisant.

Sur la justification, les travaux du comité, malgré les contributions des historiens et des géographes en faisant partie, ne trouve aucun ancrage historique entièrement probant, compréhensible d’emblée, et que les citoyens de la région pourraient facilement s’approprier.

Ensuite, si le fait de devoir écrire une nouvelle histoire pour un nouveau territoire peut sembler être une aventure constructive et passionnante, elle est en réalité un véritable chemin de croix. Car au lieu de rassembler, la réforme territoriale a en réalité dressé beaucoup de citoyens les uns contre les autres.

Enfin, malgré tout ceci, cette nouvelle région existe administrativement, et donc il faut bien (aussi) la nommer. Et c’est la dernière certitude que nous listerons ici : aucun nom ne satisfera réellement une majorité d’habitants.

Que peut-on en conclure ?

Tout d’abord qu’il semble évident que les certitudes listées ci-dessus sont toutes connotées négativement, et que leur poids dans la perception de cette nouvelle construction régionale en fait un boulet lourd à porter. Un boulet que la nouvelle région traînera longtemps.

Autre conclusion, en forme d’évidence, les impasses seront nombreuses, et la construction très longue et difficile. Il faudra peut-être plusieurs générations pour effacer la colère liée aux identités initiales.

Dans une époque où le repli sur soi est maître mot, et la défiance un réflexe systématique, les habitants de la nouvelle région risquent de devenir eux-même leur pire ennemi, à leur corps défendant. A chaque fois qu’ils refuseront la construction, ils réduiront l’efficacité qu’ils réclament et dont ils ont besoin… bien que tout ceci ne soit pas « de leur faute » à l’origine.

Le gouvernement Hollande a créé le problème, puis a laissé les citoyens le régler. Une situation d’autant plus écoeurante que d’autres régions de France n’ont, elles, pas à faire face aux affres d’une fusion.

Quand une idée est mal née, difficile de l’expliquer clairement. Le nom de cette nouvelle région et les débats qui en découlent sont l’un des résultats visibles de ce qui sera peut-être demain, considéré comme une erreur historique dans les livres.

Ces mêmes livres qui désigneront cette région par le nom pour lequel les citoyens voteront en majorité du 14 mars au 1er avril.

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6 commentaires

  1. « Et c’est la dernière certitude que nous listerons ici : aucun nom ne satisfera réellement une majorité d’habitants. »
    C’est faux. La majorité des sondages publiés, que ce soit en ligne ou sur papier, donnait une majorité de voix pour le choix « Grand Est ».

    D’ailleurs, certains membres du comité, notamment du CESER, le savait pertinemment, allant jusqu’à faire un « front anti-Grand Est » : «L’idée, c’était vraiment que Grand-Est ne puisse pas être proposé [aux citoyens], je suis ravie !» a déclarée Virginie Willaime-Morel, comme l’ont rapporté de nombreux journaux.

    Comment un élu peut-il se réjouir d’aller à l’encontre de la volonté du peuple ? Certains ont oubliés qu’ils étaient les représentants du peuple, et ont fait passés leurs désirs personnels avant l’intérêt général.

    Il ne faut donc pas se tromper. Il ne s’agit pas de régionalisme mal placé, il s’agit avant tout de lutte contre ce qui a été un véritable hold-up démocratique. Si la commission n’avait pas tout fait pour empêcher les citoyens de voter pour « Grand Est », alors que c’était le choix favori, il n’y aurait pas eu autant de critique.

  2. Je suis né Lorrain et demain je serai quoi ? Les alsaciens ont beaucoup souffert pendant la guerre, « les malgrés nous « , nous les lorrains, nous étions  » les boches de l’est , ces trois régions non rien en commun. Alors, laissez nous en paix, il y a d’autres choses plus importantes a régler dans notre pays.

  3. Etrange choix « Rhin-Champagne », entre les deux se trouve la « Lorraine », complètement oubliée …..
    « Rhin = connotation allemande, assimile l’Alsace ?

    Conserver le nom des trois anciennes Régions serait plus représentatif pour les français et les touristes : « Alsace-Lorraine-Champagne ».
    Pourquoi cette proposition serait refusée, elle est simple et logique.

  4. Région Rhin-Champagne, où est passée la Lorraine province la plus peuplée de cette nouvelle Région?. Nouvelle-Austrasie ridicule…. Alcalie, pourquoi pas Alcalor? Soyons sérieux Grand Est est la meilleur proposition qui peut être adoptée et qui ne vexera personne.

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