Saisie par le préfet de la Moselle, Pascal BOLOT, l’Autorité environnementale (Ae) a rendu le 15 janvier 2026 son avis sur le secteur nord du projet d’A31Bis. L’instance soulève de nombreuses lacunes dans le dossier aussi bien sur le plan écologique qu’économique. Pourtant, l’infrastructure reste une nécessité pour le département de la Moselle. Son président, Patrick WEITEN, rétorque qu’« on ne peut plus continuer à supporter l’enfer » et dénonce aujourd’hui des « études sans fin ».

L’Autorité environnementale ne rend ni un avis favorable, ni défavorable, mais livre dans son rapport indépendant et consultatif sur l’A31Bis, dont l’objectif est de désengorger les routes du département pour faciliter la vie des plus de 120 000 frontaliers.
Le secteur Nord entre Thionville et la frontière est ici au cœur des préoccupations du document de 43 pages. Une analyse partielle qui n’intègre dans le détail ni le reste du projet, ni l’A31 existante, comme le reconnaît l’Ae, mais qui s’ajoute aux plus de 3 500 pages du dossier de l’A31Bis.
Le péage, une fausse bonne idée ?
Immédiatement, c’est la question de l’équilibre économique qui revient au centre des débats. Le coût du chantier est estimé à 1,077 milliard d’euros TTC et doit être financé par un péage « en flux libre », soit sans barrière, sur la partie Nord.
Avec un coût de trajet estimé à 3,88 € pour une voiture entre Metz et le Luxembourg (1,91 € pour le contournement de Thionville et 1,97 € pour le tronçon entre Thionville et la frontière), la pilule pourrait être difficile à avaler pour les automobilistes, surtout pour des allers-retours quotidiens. Des reports pourraient ainsi continuer à se faire sur l’A31 et les routes départementales, laissant une A31Bis potentiellement sous-exploitée.
L’Autorité environnementale tire même la sonnette d’alarme sur la viabilité du modèle en dressant des parallèles avec un projet similaire :
Il n’existe qu’un seul précédent de mise à péage d’une voie existante servant aux déplacements quotidiens, le périphérique nord de Lyon au franchissement du Rhône, qui s’est conclu très rapidement par la suppression du péage.
rapport de l’Ae
En 2030, il est prévu une réduction du temps de parcours moyen de 8 à 9 minutes le matin et de 7 minutes le soir entre Richemont et la frontière. Ces gains passeraient ensuite à 11 minutes et 9 minutes en 2050.
Le gain socio-économique de l’A31Bis est jugé « très faible », voire négatif, pour les usagers selon les modalités actuelles. La recommandation est faite d’étudier dès maintenant un éventuel passage à la gratuité pour anticiper au mieux ses conséquences, positives comme négatives.
Il est dans le même conseillé d’optimiser le trafic sur les infrastructures existantes de l’A31. « La section de l’A31, au droit de Thionville, comporte quatre échangeurs sur moins de quatre kilomètres, ce qui est très élevé même pour une autoroute urbaine et en réduit fortement la capacité », indique le rapport.
Cette analyse pousse l’Autorité environnementale à se poser la question de l’utilité réelle de l’A31Bis. Elle suggère plutôt d’étudier les reports vers les lignes de trains et de bus, encore largement perfectibles.
L’Ae redoute l’impact environnemental de l’A31Bis
L’Autorité environnementale pointe du doigt le tunnel de 2,4 kilomètres sous Florange. L’institution demande de revoir l’étude, particulièrement pour la tête sud du tunnel, proche des habitations, de s’assurer qu’il n’y aura pas de conséquences sur la santé des riverains. Pour les immeubles de grande hauteur, notamment avenue Marcel Paul à Terville, les protections prévues, principalement des murs anti-bruits, sont par exemple jugées insuffisantes.
Globalement, les projections de pollution de l’air sont elles aussi critiquées pour leur manque de précision. Le total des émissions sur la période 2027-2070 est estimé à 627 300 tonnes d’équivalent CO2, ce qui en fait un projet « en l’état pas compatible avec les engagements climatiques de la France », selon les experts de l’Ae.
Avec 2,8 millions de m³ de matériaux consommés, le chantier devrait avoir des conséquences néfastes sur la biodiversité alentour. Des impacts encore trop peu étudiés alors que l’A31Bis impacterait l’habitat d’espèces protégées comme le Sonneur à ventre jaune ou le Milan royal. Une vigilance particulière est aussi demandée pour le Domaine de Bétange et son allée de marronniers, situés tous deux à proximité de l’autoroute.
L’Autorité environnementale n’a pas autorité pour bloquer le projet, mais son rôle est d’alerter sur les manquements du dossier, ce qu’elle a donc fait avant le lancement de l’enquête publique au 2ème trimestre 2026.
« On a besoin de la mobilité, pas des dossiers »
Si l’Autorité environnementale se montre sévère, Patrick WEITEN, président du département de la Moselle, insiste sur l’urgence de la situation. « Une large majorité de nos concitoyens, de ceux qui fréquentent cette infrastructure, des travailleurs frontaliers, constatent qu’on ne peut plus continuer à supporter l’enfer », explique l’élu.
Il revient sur le projet, la question du péage et la situation des mobilités en Moselle à notre micro :
Thibaud PHILIPPS, le vice-président de la région Grand Est en charge mobilités, se veut plus rassurant. Les avis critiques de l’Autorité environnementale sont, selon lui, courants lors de la création de nouvelles infrastructures, mais « d’après les échanges que j’ai pu avoir avec la préfecture et le ministère des transports, il y a une volonté de démarrer le processus rapidement et d’aller vers l’enquête publique », assure-t-il.