Economie & emploi

« Une vraie problématique de vocations » : la Moselle manque de maîtres-nageurs

Les Mosellans ont besoin d’eau pour se rafraîchir avec les fortes chaleurs de l’été, mais la pénurie de maîtres-nageurs vient perturber l’organisation de certaines baignades. Antoine CURE, directeur de l’École régionale de formation aux activités de la natation (ERFAN), l’organisme de formation de la Ligue Grand Est de Natation, décrypte la situation pour Tout-Metz. Selon lui, on assiste actuellement à une « vraie problématique de vocations » dont il faut à tout prix prendre la mesure.

Photo de Metz Plage (édition 2025).

Au début de l’été, la Fédération française de natation estime à 5 000 le nombre de postes vacants de maîtres-nageurs sauveteurs vacants dans le pays. Les « remontées de terrain sont particulièrement nombreuses », nous confirme Antoine CURE, qui indique qu’on ne dispose pas de chiffres précis pour les territoires.

Que ce soit sur la métropole, au Sud, à l’Est ou à l’Ouest du département de la Moselle, les effets se sont ressentir en local. À l’occasion de la conférence sur l’édition 2026 de Metz Plage, le maire de Metz, François GROSDIDIER, a notamment évoqué le fait que le manque de maîtres-nageurs a empêché une ouverture anticipée de la baignade au public, alors même que la canicule l’aurait justifié. Récemment, un reportage de TF1 évoquait également les horaires d’ouverture réduits à Montigny-lès-Metz et une fermeture du bassin extérieur envisagée pour le mois d’août.

Une crise des vocations

Pour bien comprendre les difficultés actuelles, il convient d’abord de lever un malentendu fréquent auprès du grand public. Il existe deux fonctions bien distinctes qui sont souvent confondues, comme le rappelle Antoine CURE, directeur de l’École Régionale de Formation aux Activités de la Natation (ERFAN).

« Il faut différencier deux métiers différents : il y a le métier de surveillant aquatique, et il y a le métier de maître-nageur. Les deux sont complémentaires mais distincts. On a ceux qui surveillent et ceux qui enseignent. Et dans ceux qui enseignent, effectivement, on traverse une problématique de vocations », explique-t-il.

Si la surveillance pure peut être assurée par des titulaires du Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique (BNSSA), l’enseignement repose sur les maîtres-nageurs titulaires d’un BPJEPS. Or, les centres de formation de la région ont de plus en plus de mal à répondre à la demande.

Le métier de maître-nageur traverse comme de nombreuses professions une véritable crise, notamment depuis la crise du Covid-19. Cela s’explique en partie par un décalage entre une rémunération souvent jugée trop faible face aux contraintes :

« Les maîtres-nageurs travaillent sur de grandes amplitudes horaires, le week-end, pendant les vacances scolaires, et souvent le soir jusqu’à 19 h ou 20 h. À cela s’ajoutent des conditions parfois difficiles, dans des piscines désuètes qui manquent de rénovation, et des problématiques sanitaires constantes liées à la chaleur, à la qualité de l’eau ou de l’air. C’est un métier de plus en plus exposé. »

témoigne Antoine CURE

Le métier peine à tirer profit de son réservoir potentiel d’employés. Devenir maître-nageur a malheureusement un coût qui est souvent prohibitif pour des adultes en reconversion professionnelle. Si la formation pratique au BPJEPS peut être financée par l’apprentissage pour les moins de 30 ans, le ticket d’entrée reste une barrière.

« Pour accéder au BPJEPS, il faut déjà être titulaire du BNSSA. Or, ce premier brevet coûte entre 700 et 800 € et ne peut pas être financé par le Compte Personnel de Formation (CPF), car il dépend du ministère de l’Intérieur et non des Sports. Quant au BPJEPS, on est au-delà des 6 000 €. Pour quelqu’un de 40 ans en reconversion, c’est un budget énorme, l’équivalent de plusieurs mois de salaire », détaille le directeur de l’EFRAN.

Une autre piste est le délitement progressif du tissu associatif, qui vient casser les circuits traditionnels vers le métier :

« À l’époque de mon père, dans les années 80, les maîtres-nageurs étaient issus du tissu associatif et des clubs. Ils étaient en synergie entre la ville et leur club, ils entraînaient, ils voyaient les gamins évoluer vers la compétition, le water-polo ou la natation synchronisée. Aujourd’hui, en séparant la gestion marchande des piscines et la vie associative, on a déshabillé Paul pour habiller Jacques. Il faut préserver cet écosystème. »

souligne Antoine CURE

Pourtant, selon lui, c’est précisément dans ce vivier des clubs et associations locales que se trouvent les maîtres-nageurs de demain. Il insiste sur l’urgence de s’appuyer de nouveau sur le réseau fédéral pour repérer les adolescents passionnés, les former bénévolement dès l’âge de 14 ans, et leur donner le goût de la transmission. À Mulhouse ou à Forbach, des dispositifs comme les « trajectoires club » forment des jeunes pour tenter de répondre à la pénurie, mais cela ne pourra fonctionner qu’en revalorisant la fonction.

« Il y a de nouveaux enjeux comme le sport-santé, qui est tout à fait prioritaire. Je pense que cela peut nous aider à enfin donner à ce métier de maître-nageur une véritable reconnaissance citoyenne », avance Antoine CURE.

Avec l’ouverture d’une future piscine métropolitaine à Woippy et le projet d’en créer une nouvelle dans le sud de la métropole à l’avenir, sans compter la volonté du département de promouvoir le savoir nager, et l’ambition nationale de promotion de l’aisance aquatique pour les plus jeunes, le besoin de maîtres-nageurs devrait encore augmenter dans les années à venir. Sans réponse concertée, les difficultés promettent d’aller de mal en pus.

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