Economie & emploi

La Chambre régionale des comptes propose un plan pour assainir les finances de Lorraine Aéroport, la région Grand Est réagit

Saisie par le préfet de la région Grand Est, la Chambre régionale des comptes (CRC) a rendu ce mercredi 3 juin 2026 un avis officiel sur la situation de Lorraine Aéroport. Selon elle, le redressement financier de l’aéroport devra passer par un plan de sauvetage. La Région a réagi dans la journée par un communiqué.

Les recommandations de la Chambre régionale des comptes

L’Établissement Public de Metz-Nancy-Lorraine (EPMNL), qui gère l’aéroport de Goin, affiche une santé financière fragile et ce n’est pas nouveau.

L’effondrement du trafic consécutif à la crise sanitaire du covid 19 et l’augmentation des dépenses de sécurité et de sûreté sous l’effet de l’inflation ont aggravé ce déséquilibre, entraînant un déficit cumulé de 5,7 M€ en section d’exploitation entre 2019 et 2025. Malgré les efforts importants consentis par l’établissement afin de réduire ses dépenses d’exploitation depuis 2020, un déficit structurel demeure.

rappelle la Chambre régionale des comptes dans sa publication

Après avoir procédé à la vérification du compte financier 2025 et à sa correction, la Chambre régionale des comptes souligne que le budget primitif adopté pour 2026 comporte plusieurs incohérences. En supprimant toutes les recettes jugées « insincères » ou non garanties officiellement, la CRC passe d’un budget d’exploitation parfaitement à l’équilibre à un déficit prévisionnel de 4,2 millions d’euros pour 2026.

Après corrections des prévisions budgétaires du BP 2026 en section d’exploitation, les recettes doivent être ramenées à 9 978 410 €, soit en baisse de 3 667 473 € par rapport aux prévisions initiales, et les dépenses portées à 8 558 312 €, soit en augmentation de 581 562 €.

affirme la CRC

Cette différence est due principalement à une estimation de près de 3 millions d’euros de remboursements attendus de la part de l’État que l’aéroport a inscrit dans son budget 2026 alors que la CRC considère que le versement de cette somme n’est pas garanti. « L’ordonnateur n’a pas été en mesure de transmettre à la chambre un document permettant de vérifier un tel engagement », précise le rapport.

Pour corriger cette trajectoire financière, la Chambre propose un plan de redressement s’étalant de 2026 à 2030. Cette « cure d’austérité » forcerait l’aéroport à procéder au « maintien des charges à caractère général et des dépenses de personnel au niveau fixé dans le budget primitif 2026 tel que corrigé par la chambre », mais aussi à « une limitation des investissements aux dépenses obligatoires relatives à la sûreté et à la sécurité » et imposerait « une augmentation des recettes d’exploitation d’au moins 429 000 € par an à compter de 2026 et le maintien de ce niveau de recettes sur les exercices suivants ».

Pour arriver à ce résultat, la CRC invite donc Lorraine Aéroport à limiter ses investissements tout en revoyant à la hausse sa politique tarifaire aussi bien pour les compagnies qu’au niveau des parkings. L’objectif fixé est d’atteindre les 200 000 passagers annuels d’ici 2030, alors que près de 120 000 voyageurs ont été recensés en 2025.

Que dit la région Grand Est ?

La région Grand Est, propriétaire de l’aéroport, a tout d’abord tenue à rappeler le contexte difficile du milieu aéronautique, entre la hausse des prix des carburants et la concurrence féroce.

Concernant l’avis de la CRC, la collectivité explique qu’une modification des tarifs doit être maniée avec « une très grande prudence » pour éviter de détruire l’attractivité de l’aéroport face aux sites voisins, dont celui de Luxembourg. Les solutions de la chambre pourraient donc avoir des effets contre-productifs selon la région.

Pour expliquer la situation, la région met en cause l’État :

La Région souhaite surtout rappeler un élément essentiel expliquant la situation financière actuelle de l’établissement : la quasi-totalité du déficit aujourd’hui supporté par l’EPMNL trouve son origine dans le retard de remboursement par l’État, via la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), des dépenses engagées au titre des missions régaliennes de sécurité et de sûreté exercées sur l’aéroport.

détaille la région Grand Est dans son communiqué

Ce financement insuffisant a forcé la région et l’État à injecter des avances remboursables pour éviter la fermeture du site pendant que les démarches continuent auprès de la DGAC pour obtenir le versement des sommes dues, un « préalable indispensable à l’assainissement durable des comptes de l’établissement ».

La région affirme qu’elle « demeure pleinement mobilisée pour préserver l’avenir de l’aéroport Metz-Nancy-Lorraine, équipement structurant pour l’attractivité, la mobilité et le développement économique et touristique du Grand Est », précise-t-elle, alors qu’une étude est lancée pour une possible participation du département de la Moselle et de l’Euro-Métropole de Metz à la gouvernance.

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