Alors que l’alerte rouge canicule n’est passée que depuis quelques jours et que les thermomètres devraient bientôt remonter, la rédaction de Tout-Metz a contacté la Chambre d’agriculture de la Moselle pour dresser un premier bilan de la situation. Entre les nouvelles pratiques, les demandes à la préfecture et la menace d’étés toujours plus chauds, le changement climatique apparaît comme un défi de taille pour les producteurs locaux.

La première vague de fortes chaleurs de l’été a bousculé la préparation des agriculteurs comme le constate Stéphane ERMANN, président de la Chambre d’agriculture de Moselle : « Nos premières coupes ont été précoces, que ce soit au niveau du foin, de l’orge de printemps, ou des ensilages », détaille-t-il. Si la qualité reste au rendez-vous, les volumes sont en baisse. « Le peu de repousse qu’il y a eu a grillé », regrette le président, qui rappelle que des orages ont aussi fait des dégâts.
Pour éviter une possible pénurie, des mesures d’exception ont été sollicitées auprès de la préfecture, dont le droit de pouvoir faucher en avance pour les surfaces concernées par la PAC, qui devaient normalement être laissées au repos. « On va manquer de fourrage cet hiver donc il faut que l’on puisse profiter de tout ce qu’on peut récolter », explique Stéphane ERMANN.
En attendant, la solidarité locale s’organise entre les producteurs de céréales et les éleveurs mosellans pour sécuriser l’approvisionnement en paille. « Les céréaliers ont pris conscience des enjeux et ils gardent de la paille en stock pour les éleveurs », indique le responsable de la Chambre d’agriculture.
La canicule est aussi compliquée à vivre pour les animaux d’élevage, victimes directes du stress thermique. D’un point de vue humain, la situation est parfois difficile à vivre. « Quand les animaux souffrent, l’agriculteur souffre avec eux », rappelle Stéphane ERMANN. Du côté de l’économie, la production d’une vache laitière peut par exemple diminuer de 30 à 50 % en période de canicule, un manque à gagner conséquent pour l’exploitant.
Dans son exploitation, Stéphane ERMANN a opté pour la mise en place de brumisateurs pour aider ses animaux lors des fortes chaleurs. « Depuis que j’ai publié une vidéo sur les réseaux plusieurs éleveurs sont venus se renseigner. On partage les bonnes astuces », confie-t-il.
Retrouvez ici le dispositif en vidéo :
« S’adapter, c’est le maître-mot »
Sur le terrain, l’adaptation est aussi bien technique qu’humaine. Les horaires de travail sont décalés pour préserver le matériel roulant et limiter le risque de sinistre : « La première adaptation, c’était d’essayer de moissonner de nuit pour éviter les risques d’incendie et empêcher que les machines ne surchauffent », raconte Stéphane ERMANN. Dans les bâtiments, l’installation de ventilateurs et de brumisateurs est utilisée par certains pour soulager les animaux..
L’agriculture mosellane devra inévitablement se réinventer face aux prévisions du GIEC qui annoncent des canicules de plus en plus précoces dès le début du mois de juin d’ici 2050 et dès la mi-mai d’ici 2100. « Il faut qu’on s’adapte, c’est le maître-mot », martèle le président de la Chambre d’Agriculture 57. « Nos bâtiments par exemple aujourd’hui n’ont pas été isolés, n’ont pas été étudiés pour le confort d’été », ajoute-t-il.
Le mouvement doit selon lui commencer dès maintenant, même par des gestes simples comme la plantation de haies et d’arbres dans les prairies. « Il faut défendre l’agroforesterie. Un pré sans ombrage aujourd’hui avec la canicule, c’est la mise à mort de nos animaux », tranche le président de la Chambre.