Savez-vous où finissent les peaux de bananes, salades et autres déchets verts que vous jetez dans les nouveaux bacs à compost de l’Euro-Métropole de Metz ? Pour le découvrir, il faut pousser les portes du tout nouvel écopôle de Suez à Fameck où tout une machinerie est déployée pour valoriser nos restes.

Inauguré officiellement ce mardi 16 juin 2026, le site de Fameck est depuis quelques mois en action après un investissement de 5,7 millions d’euros par Suez. Sa mission ? Recevoir les biodéchets des collectivités et des entreprises pour une revalorisation la plus complète possible.
Avec 6 emplois créés localement, le site gère plusieurs missions, de l’acheminement au pré-traitement et à la production de biométhane. « Tout d’abord, l’unité de pré-traitement est une sorte de cuisine qui va préparer la matière pour la digestion du méthaniseur. Notre machine, le séparateur, va écraser les matières et enlever le plastique de la matière organique par compression », indique Guillaume HUCK, le responsable décontamination et méthanisation.

La compression a l’avantage de permettre l’évacuation des plastiques, ce qui n’est pas le cas du broyage, qui était à l’époque la technique la plus récurrente. Pour ce qui concerne les odeurs, un incontournable quand on traite de la matière organique, un immense filtre à charbon actif est installé sur le toit de l’entrepôt pour capter et éliminer les effluves.
La matière passe ensuite par l’hygiénisation, un processus réalisé sur place qui consiste à éliminer les germes et contaminants présents dans les résidus organiques. La « soupe », comme elle est appelée par les professionnels du secteur, est chauffée à haute température jusqu’à répondre aux normes.

Le « substrat liquide » est ensuite chargé dans des citernes et envoyé vers un méthaniseur. Le biométhane produit est alors directement injecté dans le réseau de gaz local ou alimente une turbine de production d’électricité. Rien ne se perd, puisque le résidu de la méthanisation, le digestat qui reste après la production de gaz, retourne directement à la terre comme compost.
« Le but est de faire un cercle vertueux », insiste Guillaume HUCK, qui ajoute que l’« on retourne au sol la matière qui a été produite par le sol. Les résidus reviennent nourrir les champs ».
Suez voit grand pour le site de Fameck
Pour les collectivités comme l’Euro-Métropole de Metz, qui déploie progressivement depuis septembre 2024 ses abribacs de collecte, le choix a été fait de s’associer à Suez. Yves SCHWINN, directeur de l’agence lorraine de services aux collectivités, défend l’intérêt de l’opération :
« Une tonne de biodéchets valorisée, c’est une tonne d’ordures ménagères en moins à enfouir ou à incinérer. En termes de coût, la valorisation d’une tonne de biodéchets est environ 40 % moins chère que l’enfouissement. »
souligne-t-il
Si le site accueille les déchets de la métropole de Metz, il reçoit aussi ceux de Thionville Fensch Agglomération. Si les collectivités mosellanes s’engagent désormais dans la revalorisation des biodéchets, la pratique est bien plus ancrée chez le voisin alsacien. « La Moselle est un élève moyen, le meilleur élève est l’Alsacien, puisque en Alsace on a maintenant passé le cap du million d’usagers traités en biodéchets », précise Yves SCHWINN. « Il y a une vraie prise de conscience des élus depuis maintenant trois ou quatre ans », nuance-t-il.
L’écopôle de Fameck peut traiter jusqu’à 27 000 tonnes par an. Il est l’un des principaux sites de Suez dans la région avec ceux de Strasbourg et Toul. L’entreprise compte sur la montée en puissance du tri chez les particuliers, mais aussi chez les professionnels, dont les restaurateurs, supermarchés et industries agroalimentaires.
« L’outil paraît un petit peu surdimensionné aujourd’hui, mais encore une fois, c’est un investissement important. On est sur de la durée et il va se passer beaucoup de choses dans les dix ans qui viennent. »
confie Franck MAILLET, directeur de la branche entreprises en Lorraine
Si la législation y est pour beaucoup, avec le rôle fondateur de la loi AGEC sur l’obligation de tri à la source des biodéchets pour les ménages et les professionnels, ce n’est pas le seul facteur qui explique le succès de la démarche assurent les responsables du site.
Pour Franck MAILLET, la logistique, entièrement pensée pour s’adapter aux demandes clients avec des camions de collecte de nouvelle génération, rend l’offre particulièrement intéressante pour les clients. « Nous avons des camions dédiés qui lavent et désinfectent les bacs en même temps qu’on les collecte chez les producteurs de déchets. Cela évite les odeurs, les nuisances et optimise les trajets. C’est pour nous un marqueur de différenciation », explique-t-il.

La zone de collecte est locale avec plus de 250 entreprises clientes sur un rayon de 50 kilomètres autour de Fameck pour un « gisement » identifié allant jusqu’à 2 200 clients potentiels. « Pour les seules entreprises, c’est jusqu’à 12 000 tonnes de biodéchets identifiées aujourd’hui sur ce périmètre de 50 kilomètres », détaille Franck MAILLET.
Selon lui, le cœur du travail reste la pédagogie. « Le biodéchet aujourd’hui, c’est un peu le recyclable d’il y a 30 ans. À l’époque, on ne triait pas les emballages. Peut-être que dans 30 ans, il n’y aura quasiment plus d’ordures ménagères et que tout sera revalorisé », envisage le directeur.