Economie & emploi

Mobilités en Lorraine : le monde économique veut du concret, et tape du poing sur la table

Les mobilités en Lorraine, trop longtemps négligées par les décideurs politiques et institutionnels, posent d’innombrables problèmes aux entreprises comme aux habitants de la région.

Des acteurs lorrains du monde économique ont décidé de se regrouper au sein d’une association « Impact Lorraine Mobilités » pour peser sur les décideurs actuels alors que dans quelques mois, une fenêtre va se refermer pour de nombreuses années sur le sujet.

Si les débats sur l’A31bis devraient enfin voir le bout du tunnel dans le courant du dernier trimestre avec le choix d’un tracé définitif, les entreprises et leurs représentants considèrent que la problématique des mobilités sur l’axe Nord/Sud européen ne se limite pas, et de très loin, à ce seul dossier.

Cependant, la thrombose déjà existante, et le dédain coupable du monde politique, régional comme national, risquent bien de faire perdre pied à une ex-région Lorraine mal, voire, pas défendue sur des dossiers infrastructurels majeurs.

Du côté des thèmes et des projets, on retrouve notamment l’élargissement de l’autoroute entre le Nord de la Moselle et Nancy, le retour d’un axe ferroviaire entre la Lorraine et Lyon, l’évolution du cadencement, la mise en place d’un véritable plan stratégique pour l’aéroport Metz-Nancy Lorraine, le développement du fluvial… c’est bien au niveau lorrain tout entier que la vision économique et stratégique se positionne. Or, la Lorraine n’a plus de représentant à son échelle pour défendre ses intérêts.

Mettre les décideurs politiques actuels face à leurs responsabilités et les nommer en cas d’échec

En regroupant les CCI de Moselle, de Meurthe-et-Moselle et des Vosges, aux côtés de fédérations (BTP, UIMM, Ré@gir…), des organismes de représentation patronale (MEDEF, CPME) et en appelant les chefs d’entreprises à les rejoindre pour faire entendre leurs voix de façon structurée, cette nouvelle association se veut être le porte-parole de plusieurs milliers d’entreprises lorraines et assume de vouloir faire du lobbying à tous les niveaux institutionnels pour qu’enfin la Lorraine soit considérée au niveau qu’elle mérite et sur des dossiers dont elle a cruellement besoin pour éviter de s’appauvrir, et continuer à se développer.

Avec le Contrat de Plan Etat-Région (CPER) qui devrait être signé fin 2022 en ligne de mire, et alors que la séquence des élections est passée, l’association va interpeller tout ceux qui, de près ou de loin, pourraient lancer ou pousser les projets nécessaires à enfin disposer d’un échéancier stratégique sur les mobilités en Lorraine, et les investissements inscrits au programme.

Aucun décideur politique n’a émergé pour le moment pour porter ce dossier des mobilités en Lorraine. Tout le monde entend, peu écoute, aucun n’agit puissamment.

Le Président ROTTNER est un alsacien, le siège de la Région est en Alsace tout comme de nombreux centres de décision tels que la préfecture. Tous sont visiblement éloignés du quotidien de milliers d’entreprises lorraines avec leurs salariés en ce qui concerne leurs déplacements, sans que rien de véritablement concret ni de suffisamment ambitieux ne soit mis sur la table par celles et ceux dont c’est la responsabilité.

Si la Lorraine passe à côté des décisions du CPER, nous nommerons les responsables qui n’auront pas fait le travail car c’est intolérable de négliger ainsi un axe stratégique européen qui existe depuis le temps des romains qui, eux, l’avaient déjà compris. On est à bout.

Le Président de la région Grand Est n’est pas le seul décideur politique à se voir adresser ce message du monde économique, qui devrait être rejoint par de nombreux chefs d’entreprises entre Thionville et Epinal. Les préfets et présidents des départements concernés, la préfecture de la région, les députés, les sénateurs, les ministères et même le chef de l’Etat vont faire l’objet d’un intense lobbying par l’association, qui se voit contrainte de prendre le leadership sur ce sujet puisque les responsables en charge ne le font pas ou pas suffisamment.

La SNCF décide seule, alors que l’enjeu est territorial

Parmi les grands acteurs de la mobilité, et à l’heure où les transports en commun constituent un enjeu déterminant pour l’environnement autant que pour le quotidien des citoyens confrontés à une hausse probablement durable des coûts de l’énergie et des carburants, la SNCF constitue un interlocuteur essentiel, qui jouerait sa propre partition dans son coin sans prendre en compte les impératifs stratégiques locaux dans ses calculs.

L’entreprise SNCF décide seule en fonction d’impératifs économiques qui lui sont propres. Elle ne tient pas compte du quotidien des milliers d’entreprises et des centaines de milliers de salariés qui doivent se déplacer, et qui font face aux contraintes qu’elle leur impose par ses décisions de suppression de lignes ou de projets.

4h50 pour aller de Metz à Lyon en passant par Paris ou Strasbourg, avec des correspondances ou des changements de gare, il est impossible de bouger directement avec des horaires maîtrisés. Il est difficile de trouver le bon interlocuteur à la SNCF pour en parler et faire bouger les choses.

Le retour d’une liaison ferroviaire directe régulière et bien desservie entre Metz et Lyon en passant par Nancy est impérative. La ligne existe, la relancer implique des investissements (estimés à 250 millions d’euros par l’association) dont le montant est négligeable comparé à l’enjeu et aux montants investis pour les mobilités. Aujourd’hui, il est plus simple et plus rapide d’aller à Lyon en voiture parce que l’offre de la SNCF n’existe tout bonnement pas, et sa volonté inexistante. C’est de la dissuasion.

Sur le ferroutage (transport des camions de marchandises par le train pour désengorger les routes principales), les conditions et la rigidité de la SNCF ont été telles que cela a rendu l’offre totalement inintéressante par la seule entité qui peut porter le projet et le développer.

Il est facile d’imaginer l’impact sur les délais de livraison et sur l’environnement quand on voit les files de camion, à l’arrêt ou au ralenti au moindre incident sur l’autoroute… de quoi relier les problématiques des infrastructures routières à celles du train et à son offre actuelle.

Bernard MOREAU, président de l’association Impact Lorraine Mobilités, Hervé BAUDUIN (président des industriels de l’UIMM) et Bernard NUCCI (représentant la CCI de Moselle), expliquent à notre micro le sens de la démarche et les objectifs poursuivis par l’association :

Avec la crainte d’être transformée petit à petit en massif central qu’on contourne, et donc de devenir inexistante sur le plan économique malgré sa puissance actuelle et tout ce qu’elle a apporté au pays par le passé, la Lorraine se voit donc ainsi reconstituée par le monde économique, puisqu’elle a été effacée par le monde politique.

Que demande le peuple ?

Le bon sens semblerait être de voir ces projets de mobilités portés au plus haut et au plus vite par les responsables institutionnels, toujours prompts à botter en touche, accuser le passé et le voisin ou dire son soutien sans rien faire de plus. Le bon sens semblerait aussi vouloir que la SNCF joue à plein son rôle dans les mobilités et que ses décisions ne soient pas uniquement guidées par le seul impératif économique.

A l’heure où le monde politique se demande pourquoi les citoyens ne votent plus, et où les entreprises doivent se rassembler au sein d’une association pour demander qu’on prenne en compte des besoins aussi évidents que permettre à leurs salariés autant qu’à leurs marchandises de se déplacer avec efficacité, il semblerait bien que la réponse soit simplement la prise en compte à un niveau stratégique et le règlement de dossiers concrets liés à leur quotidien.

Mais très éloignés des querelles d’egos et des batailles de strapontins dont il semble être aujourd’hui la préoccupation majeure de trop de personnes dont la fonction devrait être de faire le travail pour lequel il ou elles ont été élu(e)s et de résoudre les problèmes des habitants et des entreprises, plutôt que de préparer leur prochain mandat politique ou la meilleure punchline qui sera reprise dans la presse et sur les réseaux sociaux.

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