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Metz : un excédent financier de 11 millions d’euros en 2017

Dépenses, recettes, endettement, investissements, le compte de résultat de 2017 est tombé

A la veille du conseil municipal qui se tiendra le 31 mai 2018 et où ils seront débattus, le maire Dominique Gros et son adjoint aux finances Jean-Michel Toulouze ont souhaité présenter les résultats du compte administratif 2017 de la ville de Metz, qu’ils ont qualifié d’excellents. Les chiffres ont été validés par la direction générale des finances publiques.

Avec la volonté de défendre un bilan et le résultat de choix politiques effectués au cours de ses deux mandats successifs, et ce à 2 ans des élections municipales de 2020, les deux élus ont choisi de présenter les résultats financiers, angle le plus souvent choisi par l’opposition pour croiser le fer avec la majorité en place.

Dominique Gros détaille ce bilan financier de 2017 à notre micro :

Du côté du résultat net, les comptes de la ville de Metz présentent un excédent de 11,4 millions d’euros. Un « score » obtenu selon Jean-Michel Toulouze par le cumul de plusieurs facteurs parmi lesquels on trouve des recettes exceptionnelles, une réalisation des dépenses d’investissement moins importante que prévu (62,65%, justifiés pour l’essentiel par des retards pris sur le chantier de l’Agora selon M. Toulouze), des économies plus importantes que prévu, et le glissement de factures impayées sur 2018 (mais désormais apurées).

Cet excédent exceptionnel ne sera pas transformé en baisse d’impôt pour autant

selon le maire, d’une part parce qu’une partie des dépenses d’investissement a simplement été reportée sur 2018, et d’autre part parce qu’il reste des emprunts à rembourser et des dépenses de fonctionnement à payer… et couvrir les 600 à 800.000€ que la majorité cherchait lors du DOB de novembre 2017.

Côté dépenses, c’est le satisfecit. Le plan d’économie triennal annoncé fin 2015 a continué à produire ses effets et a même dépassé ses objectifs, des économies sur les dépenses de gestion courante s’y seraient même ajoutées, et les charges de personnel ont diminué de 0,59%. Du côté de la baisse des dotations de l’Etat, 2017 constituait la dernière année du programme d’austérité engagé sous l’ère Hollande.

Quant aux recettes, JM Toulouze précise qu’elles sont en progression, notamment du côté des droits de mutation (les frais de notaire) en hausse de 52,1%, une hausse de la redevance des parkings de près de 700.000€ suite à renégociation, et ce malgré la stabilité des dividendes versés par l’UEM depuis 2015.

« Et tout cela, en accélérant la dynamique de la ville, et sans hausse d’impôts depuis 7 ans »

précise le maire, oubliant peut-être la hausse des taxes décidée fin 2015 (cliquez pour lire notre article).

Une dette moins importante que prévu en fin de mandat

Dominique Gros a également précisé que le programme d’investissement prévu sous son mandat prévoyait une hausse progressive de l’endettement de la ville jusqu’à 850 ou 900€ par habitant en 2020. Le chiffre était connu et assumé.

Si cette hausse est bien effective (la dette par habitant était de 100€ avant son arrivée en 2008, et de 137€ en 2012 lors de sa réélection), elle devrait toutefois s’avérer plus limitée, le chiffre avancé fixant la barre à environ 725€, soit 15 à 20% en dessous de l’objectif prévu (voir également les chiffres de strate plus bas), et toujours sous la moyenne de la strate.

La strate : des chiffres pour (se) comparer

Tout comme les personnes ou les entreprises, les collectivités contractent des emprunts pour réaliser des investissements. L’endettement qui en résulte, et qui se retrouve dans l’impôt récolté, est le prix à payer pour apporter des services plus ou moins visibles aux habitants (un collecteur d’eaux de pluie par exemple, invisible mais nécessaire ; côté visible : des crèches pour faire face aux besoins des habitants, un centre d’art contemporain pour l’offre culturelle et le tourisme, un centre des congrès parmi les infrastructures économiques de la ville…).

A la différence des personnes et des entreprises, qui sont limitées à la heuteur de leurs revenus, les collectivités peuvent en partie « choisir » leurs recettes, en prélevant plus ou moins d’impôts aux habitants, pour leur faire bénéficier de plus ou moins de services ou d’infrastructures.

Cette particularité implique d’avoir à se comparer pour connaître sa position par rapport à des collectivités du même ordre, et de la même taille : voici la fameuse « strate ». Second indicateur à regarder, celui de la tendance de cet endettement, à la hausse ou à la baisse.

La courbe de la dette moyenne des villes françaises, en hausse quasi continue depuis 2003, prouve que les villes françaises ont fortement accéléré leurs investissements à compter de 2006. Source : JDN – 2015

La dette des villes en Moselle

La dette moyenne par habitant des villes de Moselle était de 712€ en 2015 (moyenne nationale : 959€). Derrière ces chiffres se cachent de grandes disparités, mais ils peuvent cependant être comparés avec la Meurthe et Moselle (664€), le Bas-Rhin (692€), la Meuse (466€, l’un des départements les moins endettés de France) et les 2.101€ dans les Hautes-Alpes, le plus endetté.

Si l’on fait un focus parmi les villes de Moselle, toujours au niveau de la dette par habitant, on constate là aussi de fortes disparités. Il en va de même vis à vis de la disponibilité des informations, avec beaucoup de clarté et de facilités d’accès à l’information pour certains, et une absence totale d’éléments aisément compréhensibles pour d’autres.

Il faut également tenir compte de la situation récupérée par les maires, qui dépend en partie des choix réalisés par leurs prédécesseurs.

De 538€ à 9.059€ de dette par habitant selon la ville

Voici les chiffres du côté des villes où les maires ont eu un fort recours à l’emprunt, et dont la dette est au dessus de la moyenne de la strate.

Parmi les villes de 500 à 2000 habitants, Hauconcourt se présentait en 2015 avec une dette par habitant de 9.059€, alors que la moyenne de la strate y était de 618€. Un écart impressionnant.

Parmi les villes de 10.000 à 20.000 habitants (moyenne de la strate à 942€), Yutz affichait une dette par habitant de 1.170€ (tendance à la baisse : 1.045€ fin 2016), celle de Woippy est particulièrement élevée avec 2.022€ (tendance a priori à la baisse, la dette se montait à 2.869€ en 2008).

Pour les villes plus importantes, de 20.000 à 50.000 habitants (moyenne de la strate à 1.102€ en 2015, à 1.095€ en 2017), Forbach affichait 1.856€, Sarreguemines 1.262€, et Thionville 1.841€ en 2015 (1.717€ en 2017 – tendance à la baisse).

Toujours parmi les plus grandes villes de Moselle, voici les villes dont la dette en dessous de la moyenne de la strate.

Dans la strate des villes de 10.000 à 20.000 habitants (moyenne de la dette à 942€) on retrouve Freyming Merlebach avec 538€, et Hayange avec 790€.

Un cran au-dessus, avec les villes de 20.000 à 50.000 habitants (moyenne de la dette de la strate à 1.102€ en 2015, et à 1.095€ en 2017), on trouve Montigny les Metz à 1.035€ en 2015, un chiffre qui a baissé à 970€ en 2017.

Et Metz dans tout ça ?

Reprenons les chiffres mis en avant par le maire et son adjoint aux finances : 100€ de dette par habitant en 2008 au début du premier mandat de Dominique Gros, un chiffre qui monte à 343€ en 2015, 549€ à la fin 2017, et à 725€ à l’horizon 2020.

Metz fait partie de la strate des villes de plus de 100.000 habitants. La moyenne de la dette de cette strate a considérablement augmenté sur la période, passant de 1.059€ en 2008 lorsque Dominique Gros remporte l’élection, à 1.377€ en 2015.

Metz reste donc loin sous la moyenne de la dette par habitant de sa strate.

La progression par contre est importante : une dette multipliée par plus de 5 en 10 ans, mais un calcul qui doit être modéré par le fait que la dette de départ (100€) était extrêmement basse.

Dans la même strate que Metz, on trouve Bordeaux où Alain Juppé aurait fait « cramer la caisse » comme l’affirmait récemment Laurent Wauquiez, mais qui marque un dynamisme particulièrement reconnu et de très grands investissements, la dette par habitant est de 1.523€, là où la strate est à 1.377€, soit près de 10% au-dessus.

Nancy, autre ville de Lorraine comptant plus de 100.000 habitant (dette de cette strate à 1377€ en 2015), avec laquelle on compare souvent Metz, affiche une dette à 1.023€ par habitants (tendance stable), un chiffre à mettre en perspective avec les 343€ de Metz la même année.

Nancy où l’équipe municipale cherche à descendre la dette sous le seuil des 1.000€ par habitant à la fin du mandat en 2020, là où Dominique Gros annonce une apogée à 725€ pour Metz.

L’état contractualise actuellement avec les métropoles pour les forcer à rester sous une certaine limite de hausse de leur budget (1,2%), et va mettre sous surveillance la capacité de désendettement des 972 communes de plus de 10.000 habitants (dont Metz) et des 280 communautés de plus de 50.000 habitants (dont Metz Métropole).

Dans le même temps, les villes et les métropoles de toute l’Europe se livrent à une concurrence effrénée pour attirer habitants et entreprises, tant sur l’image que sur les équipements qui leur plaisent.

Les futurs choix politiques vont nécessiter beaucoup d’habileté, et sans vision à moyen et long terme, de mauvaises orientations pourront coûter cher, ou limiter considérablement les marges de manoeuvre des collectivités.

En filigrane, c’est aussi le choix du ou de la future maire de Metz qui commence à se dessiner pour les messins, qui devra être capable de récupérer une situation, et de projeter la ville vers un avenir qui ne promet que plus de concurrence et donc de demandes des habitants.

Source
Endettement par habitant
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