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Les chiffres délirants de la folie dans les supermarchés | Coronavirus

L’instinct de survie, la peur de manquer, le besoin de se rassurer avec des placards garnis, mais aussi le chacun pour soi, l’agressivité, l’oubli des règles de distanciation et le manque de lucidité… les épisodes de ruée hystérique vers les supermarchés se sont multipliées depuis les annonces du Président de la République, jeudi 12 et lundi 16 mars, d’une situation sanitaire grave et exceptionnelle.

Dans un flot constant, mus par la peur de ne pas réussir à mettre la main sur “le dernier paquet de riz”, les clients ont arpenté les allées des magasins, balançant dans leur caddie, tout ce qui pouvait s’apparenter, de près ou de loin, à un produit de première nécessité. Riz, papier toilette et pâtes, les trois produits les plus recherchés, n’ont pas fait long feu. Mais en réalité, les clients on sauté sur tout et n’importe quoi.

7 650 paquets de pâtes en 30 minutes

Selon un témoignage recueilli auprès d’une employée, à l’ouverture du magasin Leclerc de Marly à 08h30, les employés du supermarché avaient déposé 9 palettes de paquets de pâtes en rayon. A 9h, il ne restait plus aucun paquet.

Une palette embarquant environ 850 paquets de 500g (source), cela fait environ 7 650 paquets “envolés” en 1/2 heure, soit 255 paquets enfournés chaque minute dans les caddies, un peu plus de 4 par seconde.

Une scène tournée ces derniers jours dans un supermarché en France

Le tout dans une ambiance électrique, et sans aucun respect pour les employés, éberlués et apostrophés par certains clients trouvant parfaitement “inadmissible” que le magasin n’ait pas fait assez de stock. Selon les témoignages, il n’y eut guère plus de considération ou d’attention pour les personnes âgées ou les enfants.

A Auchan Semécourt, certaines personnes parlent même de quelques bourre-pifs échangés au coin d’un rayon d’alimentation. La loi du plus fort finalement, une valeur sûre, alors même que les magasins continuent d’être régulièrement livrés, et parfaitement achalandés.

Dans une boulangerie à Montigny-lès-Metz, cette vendeuse s’est faite copieusement insultée parce qu’il n’y avait plus de pain à la mi-journée :

Et encore, on en avait fait plus que d’habitude, les boulangers n’ont pas arrêté une minute ! On est dépendant de la capacité de notre four, mais aussi de l’approvisionnement en farines.

Certaines personnes ont été jusqu’à nous accuser de nous être suffisamment gavé d’argent et de ne plus faire d’efforts, d’autres ont dit qu’il fallait investir dans la boulangerie pour devenir riche en ce moment. On a passé des sales journées, mais cela se calme un peu.

Toujours à Montigny, une pharmacie s’est vue contrainte d’appeler la police pour calmer les clients venus acheter des médicaments y compris sans ordonnance, le comportement de certains tournait trop à l’agressivité.

Une commande de 1700€ au Drive

Pour éviter les contacts, la ruée s’est également faite vers les Drive des magasins. Entre les ruptures de stock et l’application rendue inaccessible par intermittence, tout le monde n’y aura pas eu accès, se rabattant vers le magasin.

D’après nos informations, le Leclerc Drive Marly aurait enregistré une commande à 1700€ le weekend dernier. Vider les “rayons virtuels”, une nouvelle activité pour ne laisser aux autres que ce que l’on aurait pas su embarquer soi-même. De quoi être rassasié, ou ne plus avoir à faire ses courses pendant une paire de semaines. On ne compte pas le nombre de vidéos de personne se satisfaisant visiblement de leur “acte solidaire” :

Caddie moyen à 600€

En temps normal, hormis les courses de ravitaillement ponctuelles, le caddie moyen des français, c’est à dire le prix du ticket de caisse moyen annuel pour des courses effectuées dans un super ou un hypermarché, s’échelonne entre 90 et 115€ (source).

Entre le vendredi 13 et le mardi 17 mars, toujours selon nos informations, le magasin Leclerc de Marly aurait vu ce chiffre bondir à 600€ de ticket par caddie en moyenne. Le terme “moyenne” est important dans cette dernière phrase.

Selon un témoignage recueilli auprès d’une cliente régulière du magasin, qui a assisté effarée à différentes scènes d’achat compulsif :

“Certaines personnes parcouraient les rayons au pas de charge, prenant des produits par poignée presque au hasard, visiblement juste parce qu’il en restait.

J’ai entendu une famille élaborer une stratégie pour quadriller le magasin et en prendre le plus possible, chacun avec son propre caddie. Ils étaient cinq.

Approvisionnement normal

Même magasin, Leclerc Marly, mardi 18 mars, 17h30. Le parking est inhabituellement vide, les allées dépeuplées, les rayons pleins, que ce soit au niveau des produits frais, des boîtes de conserve, de la bière, des surgelés, etc…

Magasin Leclerc de Marly, mardi 18 mars 2020

Seul le rayon pâtes porte encore les stigmates de la bataille rangée des derniers jours, il ne propose plus un choix aussi important qu’à l’habitude.

Sur le front des produits d’hygiène, tout va bien, le papier toilette est en place, comme si de rien n’était.

“En réalité les gens viennent le matin le plus tôt possible de peur de ne plus avoir ce qu’ils souhaitent” nous dit cette autre employée du magasin, “et puis ça se calme et nous on refait le facing de nos rayons”. Et elle ajoute :

“On est livré tous les jours, mais vu ce que les gens ont acheté en une semaine, on risque de ne plus en voir certains pendant un paquet de temps. Ce qui est dommage, c’est qu’il y aura probablement beaucoup de gâchis sur les produits frais“.

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