Politique & social

Projet privé place de la comédie à Metz : le conseil municipal à couteaux tirés

C’est l’un des dossiers les plus clivants du second mandat de Dominique Gros : le projet de cession ou de mise en location de l’un des bâtiments les plus emblématiques de la ville de Metz, situé place de la comédie à Metz.

Le bâtiment en question, niché entre le temple neuf et l’opéra-théâtre, a notamment servi d’appartements au marquis de Lafayette.

Le conseil municipal du 25 janvier 2018 aura permis à la commission de cession du patrimoine immobilier de la ville de présenter les conclusions de son rapport d’information et d’évaluation, en lien avec le sujet.

L’opposition a de son côté continué à dénoncer tous azimuts le projet, alors que la majorité a rappelé qu’il n’en était qu’à la phase d’étude , que la location était privilégiée, et qu’aucune décision n’avait été prise.

Contexte

Le bâtiment appartient à l’histoire de la ville et à son image. Une vue imprenable sur la cathédrale de Metz, un théâtre séculaire en activité et le temple neuf pour voisins, un parking juste en dessous, une situation « rêvée », qui est à l’opposé de sa non-utilisation.

Sauf que si l’extérieur du bâtiment est séduisant, l’intérieur lui l’est bien moins, d’autant plus qu’il est difficile de modifier une structure en secteur protégé.

Sans utilisation propre par la ville à qui le bâtiment appartient, le maire a confié en 2015 à l’agence d’attractivité économique de la ville (Metz Métropole Développement) la mission d’étudier l’opportunité, la pertinence et la faisabilité d’y faire établir un hôtel haut de gamme.

Contactés, des groupes spécialisés dans ce type d’opération ont jeté l’éponge en constatant la complexité de la rénovation pour une exploitation rentable.

Un promoteur local, M. Heintz, a néanmoins proposé un projet jugé séduisant. Problème, celui-ci dispose de parts dans une société appartenant au fils de Dominique Gros, et dans laquelle le maire a également investi lors du lancement.

Dernier épisode en date révélé par le président de la commission d’étude lors d’une interview donnée à la PQR : deux projets sont en lice pour l’exploitation du bâtiment, mais l’un des deux semblerait plus proche du cadre fixé par la municipalité… et serait celui de M. Heintz. Sauf que ce dernier conditionne son projet à un rachat, et non pas au recours à un bail emphytéotique.

Grosse tension au conseil municipal

Les invectives ont fusé sur ce dossier lors du conseil municipal. Au point de provoquer le courroux du maire face aux sous-entendus de certains opposants sur son intégrité.

Du côté du parti d’extrême droite, on dénonce un dossier de cession réalisé « en dehors du cadre des procédures » et « contre l’avis des différents spécialistes ». Si l’utilisation du bâtiment par une tierce partie ne représente pas un problème, la cession éventuelle, elle, ne passe pas.

Du côté des divers groupes d’opposition de droite, on s’étrangle. Jérémy Aldrin dénonce une « dérive démocratique » à la municipalité, la « mauvaise foi » relative à la présentation de la nécessité de vendre, indique que le « projet n’apparaissait pas dans le programme » de D. Gros lors des dernières élections municipales et conclut son propos ainsi :

« A 650€ le mètre carré, on vend l’âme de Metz pour le prix d’un plat de lentilles »

Patrick Thil souhaiterait que l’on compare ce qui est comparable. Les précédentes cessions de patrimoine historique (le magasin aux vivres, les bâtiments du boulevard de Trèves) pour des projets privés concernaient des bâtiments en ruine ; rien à voir avec l’état actuel extérieur du bâtiment place de la comédie.

Sur ce dernier point, la majorité interroge

« faut-il attendre que la situation empire et que nous ayons une ruine pour réfléchir à des solutions ? »

Et d’ajouter que « la ville n’a plus les moyens de maintenir un bâtiment inutilisé dans un état correct, ni de financer des travaux intérieurs trop complexes ».

Face aux dénonciations sur la cession, la majorité municipale de gauche a rappelé que le scénario du bail emphytéotique était préféré, mais que les porteurs de projets souhaitaient visiblement une cession pour s’engager. L’évaluation des propositions par les domaines n’étant, quant à elle, pas encore connue.

En fin d’intervention, le maire a dénoncé la suspicion distillée par l’opposition en ce qui concerne l’intégrité des membres de la commission et la sienne propre, et de conclure :

« Les insinuations, les insultes et le mépris  de certains membres de l’opposition à mon encontre ce soir sont inacceptables…

…du coup, j’irai jusqu’au bout de ce dossier. »

Si Dominique Gros et Marie-Anne Isler-Béguin (écologiste) ont pointé du doigt « un coup politique en période pré-électorale », il faut reconnaître que ce dossier a donné au maire l’occasion de prêter le flan aux critiques et aux doutes. Car sans l’affaire des parts dans une société commune, le dossier ne se serait pas englué de la sorte.

D’ailleurs en filigrane, outre le refus de la cession elle-même au profit d’un bail, l’opposition désigne la porte de sortie de crise : si projet il y a, d’accord pour en discuter, mais « pas avec Heintz », et demande un tempo différent pour le dossier : « on préfère attendre ».

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4 commentaires

    1. Projet immobilier place de la comédie : Un bail emphytéotique oui, une vente non!
      « Mais aussi, en raison des relations d’affaires qui lient le maire de Metz au porteur de ce projet,la presse ayant révélé en juin dernier qu’ils sont associés dans une société luxembourgeoise appartenant au fils du maire »…et une vente à 657 euros le m2 non c’est honteux et non justifié.Optez pour le bail emphytéotique Monsieur le maire !!! Ce qui est certain, rien que pour avoir imaginé cette possibilité (vente/achat avantageuse pour votre fils..) Ne comptez plus sur ma voix.

  1. Bonjour,

    Contrairement à ce qui est indiqué dans l’article, Madame Isler-Béguin n’est plus membre d’EELV depuis plusieurs années.
    Bien cordialement,

    Philippe CASIN
    Conseiller municipal EELV de Metz

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