Le président du Conseil Départemental du Haut Rhin souhaite déjà que l’Alsace ne fasse plus partie de la région Grand Est

Au soir même des résultats du second tour des élections régionales 2015, Eric Straumann, député (LR) et président du Conseil Départemental du Haut Rhin, après avoir salué la victoire de Philippe Richert, a, par voie de communiqué de presse, indiqué vouloir proposer un texte de loi visant à sortir l’Alsace de la région Grand Est et lui faire retrouver ses anciennes frontières.

Voici un extrait de son communiqué :

Je salue la victoire de Philippe Richert !

[…]

Je veux remercier ici les Alsaciens clairvoyants. A l’impasse du Front National, ils ont préféré la voie de la raison. Par leur choix responsable, ils préservent les possibles pour l’Alsace.

Le rejet de cette méga région est en effet patent. Personne ne la souhaite, ni dans ses contours, ni dans son fonctionnement : 85 % des Alsaciens la refusent comme 70% des Lorrains, des Champenois et des Ardennais.

[…]

Le problème de la grande région ne saurait ainsi être glissé sous le tapis au soir de ce deuxième tour. Cette grande région est rejetée de manière massive. C’est un mal très profond qui va perdurer si nous n’y apportons pas de réponse. C’est pourquoi nous avons, nous responsables politiques Alsaciens, à tirer très rapidement les conséquences de cette élection.

Je proposerai dans les prochains jours à tous les parlementaires de reconsidérer la place de l’Alsace dans cet ensemble méga régional et les inviterai à porter un projet de loi qui permettrait à notre région de retrouver ses contours géographiques et sa représentation politique de proximité. Ce que la loi a mal fait, la loi peut mieux le faire !

Les élus alsaciens de droite comme de gauche doivent travailler en bonne intelligence pour tenter de redonner un contour institutionnel à notre région. Nous avons le devoir de travailler ensemble pour redonner à l’Alsace l’organisation territoriale qu’elle mérite, à l’image de la Bretagne, de la Corse. Ces deux régions aux identités fortes, respectées, voient le FN marginalisé.

Je suis convaincu que nous pouvons faire en sorte que les Alsaciens retrouvent leur région. J’ai personnellement toujours agi dans ce sens. Je continuerai plus que jamais à le faire.

Eric Staumann a toujours été contre la fusion des trois régions Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine. Il fut l’un des artisans de la réunion des trois entités institutionnelles alsaciennes (la Région et les conseils départementaux du Haut et du Bas-Rhin), construite dans l’urgence pour tenter d’échapper à l’intégration de l’Alsace dans le futur ensemble, en vain.

Eric Straumann, ici aux côtés de Philippe Richert, au temps de la lutte contre la fusion des régions en Alsace. Source : page facebook du député.
Eric Straumann, ici aux côtés de Philippe Richert, au temps de la lutte contre la fusion des régions en Alsace. Source : page facebook du député.

Eric Straumann trouve cela normal

Nous avons pu nous entretenir par téléphone avec le député du Haut Rhin afin d’en savoir plus.

Pour lui, il ne s’agit que de « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». Faisant sans sourciller le grand écart entre son fort soutien à Philippe Richert élu à la tête de la région Grand Est dimanche, et le fait qu’il refuse de voir l’Alsace s’intégrer dans cet ensemble, Eric Straumann assume pleinement son point de vue, et ce d’autant plus qu’il n’est pas sur la liste présentée par Philippe Richert dans le Haut-Rhin.

Conscient du fait que sa proposition sera difficile à faire passer car « ce sont tous les députés français qui votent sur ce sujet, pas que les élus de la nouvelle région », sa position semble tenir de la posture politique, mais aussi de la cohérence par rapport à son propre point de vue. En tant que député, Eric Straumann ne ferait donc que « porter la voix d’une partie du peuple qu’il représente ». Difficile de nier que certains, et en Alsace plus qu’ailleurs, sont contre la disparition de leur région administrative d’origine.

C’est déjà reparti

A la veille de la grande partie de couture qui devrait durer 5 ans, et au terme de laquelle les 3 régions devraient fonctionner ensemble pour le mieux et le bien commun, on imagine déjà par cette première prise de position, que cela va s’avérer particulièrement difficile d’éviter les raisonnements de clocher,  les visions court-termistes et les mortelles négociations à couteaux tirés dont il faudra subir les conséquences. Une surprise pour personne, mais dont les citoyens vont payer l’essentiel du prix.

Comme prévu, la mise en place de la réforme territoriale risque donc sérieusement de ralentir les performances du nouvel espace administratif ainsi constitué par l’Alsace, la Champagne-Ardenne et la Lorraine.

Un problème que, rappelons-le, d’autres régions telle que la Bretagne du fidèle ministre Jean Yves Le Drian (68 ans, 45 ans d’engagement politique, 38 années de mandats), n’auront pas à connaître, puisque celle-ci poursuit son chemin seule comme avant. Jean Yves Le Drian qui cumulera d’ailleurs ses fonctions de ministre de la défense et de président de région, état d’urgence oblige paraît-il, faisant fi de la promesse du président Hollande signée par chaque ministre au bas d’une charte de déontologie… un mot qui était dimanche soir, au coin des lèvres de chaque élu de la république aux côtés d’autres tels que « respect », « écoute », « conscients »…

Vous avez dit « changer la politique ? »

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Déjà 8 commentaires

  1. casanova

    Ce sont les mêmes qui avaient refusé le mariage des 2 départements alsaciens? A force de se regarder le nombril, on ne se rend plus compte que le monde bouge, que les autres avancent.
    Sorry guy!

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  2. Yves-Alain LE GOFF

    Frédéric,
    Vous êtes bien méprisant pour la démocratie. De quel droit imposer aux Alsaciens de faire partie d’une énorme région dont en grande majorité ils ne veulent pas ?
    Puisqu’on est tous européens on pourrait noyer la France dans un Grand-Ouest européen mais là je pense que vous trouveriez cela scandaleux.

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    1. Frédéric

      Bonjour,
      merci pour votre commentaire. Comme tout article, celui-ci propose un point de vue qui peut tout à fait être débattu.

      La démocratie a désigné, par les urnes, des responsables politiques qui lancent des projets, des réformes. Certaines de ces réformes sont plus ou moins souhaitées par une partie des électeurs, mais le fonctionnement de la démocratie actuelle implique que les choses soient mises en place. C’est ainsi. C’est ce droit qui s’impose aux alsaciens comme aux lorrains ou aux champardennais.

      Si les Alsaciens (ou n’importe quels autres habitants des autres régions) ne le souhaitent pas, ils ne peuvent pas y faire grand chose, si ce n’est de tenter de tirer le meilleur de cette nouvelle organisation, de préférence dans le respect des autres régions avec lesquelles la fusion se fait, et avec en tête le fait que de vouloir tout « bouffer » avoir au mépris des équilibres, tout en repoussant l’idée d’en faire partie, ne peut que conduire à une fonctionnement altéré de cette future région Grand Est dans son efficacité… et donc nuire à l’Alsace aussi. L’Alsace, dont l’une des qualités est le pragmatisme, une qualité qui s’exprime dans la recherche de l’efficacité optimale.

      Dans cet article, nous parlons de repli sur soi discutable, d’élus qui votent, qui soutiennent un candidat aux élections régionales et dont le travail (ils sont élus et payés pour cela) est de mettre en place à leur échelle, ce que les responsables politiques nationaux définissent pour leur territoire.

      Chercher délibérément à saboter cette mise en place, tout faire pour nuire à la réussite de cette réforme (tout aussi nulle qu’on puisse la considérer *), et dans le même temps gratter le maximum dans l’irrespect des partenaires peut être considéré sous l’angle de l’irresponsabilité, d’un manque de vision, ou de la poursuite d’objectifs personnels avant ceux du bien commun.

      En ce sens, qui est le plus méprisant avec la démocratie ? L’élu qui est sensé l’incarner au profit du plus grand nombre, ou le rédacteur d’un article qui constate l’envoi d’un communiqué de presse destructeur à 20h02, le soir d’un second tour d’élections dont les résultats sont livrés à 20h ?

      Il y a donc ici le paradoxe entre la liberté d’expression (d’un élu ou de l’auteur d’un article), et la responsabilité de chacun de faire son travail.

      *NB : cette réforme a été plusieurs fois considérée dans notre média, elle y a été expliquée, mais aussi critiquée de façon assez claire pendant le temps du débat. Elle se met en place aujourd’hui, c’est un fait et nous le considérons comme tel.

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      1. Martin

        Même c’est la grande région est désormais un fait établi, il n’est pas sûr qu’elle va fonctionner. En effet, les contestations et réticentes sont simplement une expression du bon sens populaire qui doute fortement de l’efficacité et de la pertinence de cette fusion forcée. La tentation sera grande, en cas d’échec, de mettre la faute sur les alsaciens qui auront été les plus virulents contestataires. Le plan de sortie doit être envisagé à partir de maintenant mais aussi il faudra protéger les alsaciens du retour de bâton d’une république incapable d’admettre ses erreurs et à se remettre en cause.

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        1. Frédéric

          Nous n’avons pas la prétention de juger si le bon sens est meilleur de tel ou de tel côté des avis. Forcément chacun estime que le bon sens est au coeur de sa réflexion.

          Aucune réforme, si petite soit-elle, n’a emporté l’adhésion globale des citoyens en France depuis 30 ans. 100% des citoyens souhaitent des réformes, mais 95% refusent que l’on touche au moindre détail de leur quotidien, ou de leurs intérêts particuliers. Cette réforme là est contestable comme les autres, et identique au niveau de l’effet.

          De leur côté, les alsaciens auront probablement le retour de bâton à la hauteur de ce qu’ils auront voulu tirer comme couverture au détriment des autres, ils sont déjà allés bien loin. S’ils abusent, ils auront probablement droit à un retour de flamme mérité de la république, et de ses deux nouvelles soeurs qui la regarde de très près. Car dans ce cas, les erreurs, ce sera à l’Alsace de les admettre, et à elle de se remettre en cause…. sauf à croire qu’elle a plus raison que les autres.

          Curieux débat n’est-ce pas ?

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      2. Yves-Alain LE GOFF

        Merci d’avoir pris le temps de me répondre longuement même si je ne partage pas votre point de vue car comment prendre tout simplement acte d’une réforme territoriale qui est un déni de démocratie ?
        Comment la France peut-elle rester crédible à l’étranger lorsqu’elle passe son temps à dire aux autres pays de respecter la démocratie ?
        Ne serait-elle pas scandalisée si le Canada noyait le Québec dans une grande région sans identité ? Et vous aussi ?

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        1. Frédéric

          Le déni de démocratie se heurterait à la constitution.

          Administrativement, les (désormais anciennes) régions ont été créées en 1954, rien de séculaire là-dedans comparée à l’histoire de l’Alsace datant elle de l’antiquité.

          Il faut je crois se demander si c’est une identité qui est attaquée ou une organisation administrative, et donc de fait, se poser la question de la pertinence d’un combat pour défendre une identité géographiquement localisée, indélocalisable, et donc que personne ne pourra faire disparaître…

          …mais c’est un combat qui provoque par ses gesticulations et ses manipulations du rejet et de la déconsidération : l’Alsace a plus à perdre qu’à gagner à faire cela.

          Une perte individuelle car tout le monde se souviendra de cette attitude, une perte collective car tout ce temps sera perdu au lieu de se concentrer sur la création d’une entité administrative performante.

          Ce qui n’empêche pas d’être en désaccord avec cette réforme territoriale dans la façon dont elle a été construite, amenée et votée…

          Sauf qu’elle est là cette réforme, et qu’en France, à force de faire 2 pas en avant et 3 pas en arrière, on produit les effets économiques que nous connaissons.

          Hollande détricote ce qu’a fait Sarkozy, qui a détricoté ce qu’a fait Jospin sous Chirac, qui a détricoté ce qu’a fait Mitterrand qui a détricoté ce qu’a fait Giscard D’estaing…

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