Faut-il un nouveau bâtiment pour Metz Métropole ? Les élus ont répondu

Le conseil de communauté de ce lundi 6 novembre 2017 a permis aux élus de l’agglomération de s’exprimer en débat autour d’un point qu’ils avaient déjà tranché le 27 juin dernier : le futur bâtiment-siège de Metz Métropole.

Thierry Hory, maire de Marly et élu en charge du budget de Metz Métropole, présente le projet de futur siège de Metz Métropole aux conseillers territoriaux, le lundi 6 novembre 2017.

En effet, en votant une autorisation de programme à hauteur de 33 millions d’euros fléchés sur ce projet au début de l’été, les conseillers communautaires avaient donné le feu vert et la responsabilité au bureau de Metz Métropole pour faire avancer ce dossier.

Problème : depuis cette même prise de décision, des voix discordantes se sont fait entendre, et des hypothèses plus ou moins sérieuses ont été avancées, pour certaines relevant du fantasme. Mais  il n’y a pas de fumée sans feu, et les raisons du pilonnage estival du dossier sont apparues plus claires lors du conseil communautaire de ce 6 novembre.

Le comité de pilotage du projet et la commission des finances ont en effet livré lors de cette soirée, le résultat détaillé des études débutées dès 2014 sur la problématique des coûts immobiliers, au moment où l’agglomération recherchait à faire des économies partout où cela était possible.

Les interventions qui ont suivi cette longue présentation (qui a duré plus d’une heure) ont alors fait émerger les principaux points d’achoppement, le plus important d’entre eux concernant la livraison publique trop tardive de ces données, dont la transmission au fil de l’eau aurait permis de désamorcer la défiance, de calmer les doutes, et d’orienter certains choix à la marge.

Tous les conseillers territoriaux sont « pour »

Si l’on analyse les 20 interventions des élus lors de la soirée du 6 novembre, ont peut en déduire qu’ils sont pour l’immense majorité en parfait accord avec l’idée initiale du projet.

A la question « faut-il un nouveau siège pour héberger les 430 employés administratifs de Metz Métropole ? » tous les élus ont répondu oui.

Le bâtiment Harmony Park, loué depuis 2008 par Metz Métropole pour héberger le siège et une partie des services (210 employés). La fin du bail en cours est prévue pour septembre 2020.

La situation actuelle où agents et parfois même services eux-même sont répartis sur 8 sites différents apparaît comme difficile, voir contre-productive à prolonger, tant pour les difficultés de travail qu’elle représente au quotidien, que du fait qu’elle ne permettra pas d’intégrer (entre autres) les futurs agents en provenance du Conseil Départemental, dépouillé de 3 à 8 de ses missions dans le cadre de la loi NOTRe sur la fusion des régions au profit de la métropole.

A la question « Faut-il devenir propriétaire pour profiter des avantages par rapport aux fonds perdus jetés dans un ou plusieurs loyers ? » tous les élus ont répondu oui.

En échangeant une dépense en loyers calibrée actuellement à 1,1 millions d’euros par an, par le remboursement d’un emprunt dont le coût annuel lissé sur une durée de 30 ans représenterait une dépense équivalente entre 900.000 et 1,1 millions d’euros, l’investissement ne grève pas plus les comptes de la métropole, et le choix a été désigné par la plupart comme un acte de gestion saine.

Sur ce point en particulier, Emmanuel Lebeau, l’un des principaux pourfendeurs estivaux du projet, aurait souhaité profiter de la situation pour faire baisser les coûts. Mais ses arguments, trop peu étayés par des chiffres concrets, et sa solution de poursuivre avec le bâtiment actuel en l’agrandissant sans pouvoir indiquer la surface d’extension possible ni le coût exact d’une rénovation n’ont pas convaincu. Il explique son point de vue à notre micro :

Mais certains de ces élus sont contre

S’ils sont globalement « pour », d’où vient le problème ?

Comme souvent, le diable se cache dans les détails. Ces même détails qui ont été à la source d’imprécisions et d’éxagérations au sujet du bâtiment Centralia, qui tient la corde dans ce dossier, rendant en partie suspect le choix de ce dernier, et partiellement fumantes les théories des opposants.

Ces mêmes informations qui n’ont pas été transmises plus tôt ou plus régulièrement étaient à la disposition de Metz Métropole, de même il faut le dire, que l’autorisation des conseillers communautaires de lancer le dossier.

Les personnes en commission et au comité de pilotage sont des élus désignés par les conseillers communautaires pour gérer le projet au nom de l’ensemble. Le bureau a donc avancé de façon légitime, mais un peu trop dans sa bulle quand on connaît l’agitation liée à la moindre dépense. Ce qui se traduit par un manque de transparence dans la bouche d’Emmanuel Lebeau, de Françoise Grolet et de Nathalie Colin-Oesterlé, cette dernière regrettant à la surprise de beaucoup, qu’un référendum local ne soit pas organisé sur ce dossier.

Pour les élus ayant exprimé mécontentement et désaccord, le problème principal de cette analyse détaillée par Thierry Hory et Henri Hasser, c’est qu’elle ne livre qu’une seule solution, a priori la seule valable si l’on tient compte des critères exprimés à l’origine pour faire ce choix. Et celle-ci colle parfaitement au budget de 33 millions autorisé cet été, lié à un bâtiment repéré dès 2015, et qui en position de remporter le marché aujourd’hui.

Le futur bâtiment Centralia dans le quartier de l’amphithéâtre à Metz – Source image de synthèse : Ploix Studio – Architecte : John D’Eathe (ARTECH CONCEPT)

Ce sentiment d’être dépossédé de la décision définitive, de ne plus pouvoir agir bien qu’ayant donné préalablement mandat au bureau pour cela, ressort aussi en partie des échanges. Quand on a le pouvoir, on entend bien l’utiliser, même si l’on dit faire confiance aux élus désignés pour porter l’étude et la décision.

Au regard de la dizaine de solutions évaluées, dont certaines ont entre temps été retenues par d’autres acteurs économiques et ne sont donc plus disponibles, il semble pour autant que le bâtiment représente le meilleur compromis.

Jean Luc Bohl, président de l’agglomération livre son point de vue à notre micro :

Nouveau siège : le choix du lieu et du projet

Pour évaluer le coût d’un éventuel futur bâtiment, Metz Métropole s’est penchée en 2015 sur 3 scénarii. L’objectif était de recenser l’offre présente sur le marché dans les délais souhaités, et d’affecter des notes à chaque bâtiment potentiel.

Tout d’abord l’acquisition dans l’ancien a été considérée. Le bâtiment historique de la Poste face à la gare SNCF, le bâtiment de l’ancien Hôpital de Bon Secours, le bâtiment de l’IUFM à Montigny les Metz et enfin l’ancien bâtiment TDF au technopole étaient sur les rangs.

Si la solution de la rénovation était appelée des voeux du parti d’extrême droite, la grille d’évaluation n’aura pas permis de retenir les bâtiments à disposition. L’actuel bâtiment Harmony Park aurait pu être rénové, mais ne proposait que la mpitié de la surface nécessaire.

La construction neuve a également été évaluée, sur la BA 128 (avec un coût inférieur de 4 millions d’euros, mais qui aurait nécessité la construction en urgence d’une extension de la ligne de transport en commun, et aurait posé le problème d’une offre de restauration trop faible), TCRM Blida (inscrit dans l’intervalle comme bâtiment totem French Tech), le parc Technopole et le bâtiment Manulor se sont retrouvés sur les rangs.

De ce côté, c’est notamment le manque de certitude sur le coût final d’une construction et sur son délai effectif de mise à disposition qui ont écarté les projets restants en lice.

Enfin, le scénario d’une Vente en L’Etat Futur d’Achèvement (VEFA, des projets préparés sans commande préalable, et donc sans connaître le futur propriétaire) a été évoqué. Trois constructeurs disposaient d’une offre cohérente : ADIM Est, Demathieu & Bard (Centralia), et Lazard.

Pour cette dernière possibilité, la CAF a dans l’intervalle réservé le bâtiment de l’ADIM Est, Lazard a fait le choix de vendre ses bureaux de façon morcelée, il ne restait à ce stade que le bâtiment Centralia de D&B.

Voici les critères et les notes affectées à chacune de ces possibilités :

Les critères de sélection du futur siège de Metz Métropole et les notes affectées à chaque bâtiment potentiel selon 3 scénarii. Cliquez pour agrandir.

Si l’on tient compte de ces notes simplifiant le processus de l’étude réalisée par les services de Metz Métropole, le bâtiment Centralia est effectivement le meilleur scénario.

Le quartier sera-t-il bloqué par cette implantation ?

Le quartier de l’amphithéâtre est en chantier depuis de nombreuses années, il présente le visage contemporain de la ville de Metz, en complément du côté historique et patrimonial représenté par le centre ville. Après avoir accueilli le Centre Pompidou Metz en 2010, il a ensuite été lentement colonisé par les autres projets immobiliers parmi lesquels on compte entre autres le siège de la Caisse d’Epargne, le futur centre des congrès, le centre commercial Muse… et bientôt l’hôtel Starck. Le tout traversé par les lignes Mettis, et à deux pas de la gare SNCF et de la gare routière.

Certains élus de l’opposition à la ville de Metz prédisent déjà une véritable saturation du quartier, avec le sous-dimensionnement des voies de circulation, et une offre de stationnement trop faible par rapport aux centaines de milliers de personnes qui seront amenées à se déplacer dans le quartier chaque année. Fort est de constater qu’ils ont obtenu un quasi-silence en écho à ces arguments.

Au vu de l’évolution des missions des métropoles, et de la mutualisation progressive de certaines missions, le siège de l’agglomération devrait bientôt accueillir un flot de citoyens. Ce nouveau bâtiment constituerait alors pour ces derniers un guichet d’accueil (dont l’agglo ne dispose pas aujourd’hui d’ailleurs). A ceci s’ajoute l’arrivée de 430 agents supplémentaires dans ce quartier.

A ceci, Metz Métropole répond que les agents qui viendront travailler disposeront à cet endroit uniquement, de la possibilité d’arriver directement par les transports en commun, et la mobilité douce. Il est également notable que dans tous les cas, le bâtiment Centralia aurait hébergé d’autres employés à hauteur d’un nombre équivalent.

Le futur bâtiment Centralia dans le quartier de l’amphithéâtre à Metz – Source image de synthèse : Ploix Studio – Architecte : John D’Eathe (ARTECH CONCEPT)

En définitive, choisir c’est renoncer, et il semble bien que le choix définitif se portera au final sur le bâtiment Centralia, seule solution aujourd’hui connue pour faire consensus.

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Déjà 4 commentaires

  1. Motus

    Il suffit de regarder le tableau de notation des critères de sélection pour se rendre compte que les dés étaient pipés dès le début ! Parce que noter par exemple l’accessibilité au bâtiment de la Grande Poste à 8 et mettre 11 pour l’accessibilité du Centralia que l’on veut nous imposer c’est déjà se moquer du monde……

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  2. Eva Martin

    L’utilisation de l’argument des 8 sites différents est assez étonnante. Car parmi ces 8 sites il y a, entre autres, l’Opéra-Théâtre, le Musée de la Cour d’Or, le Conservatoire, la Maison de l’Archéologie et le pôle Déchets. Il est évident que ces 5 équipements et leurs personnels resteront où ils sont actuellement.

    Des élus veulent se faire plaisir… avec notre argent.

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  3. Françoise Grolet

    Vous écrivez : « Si la solution de la rénovation était appelée des voeux du parti d’extrême droite, la grille d’évaluation n’aura pas permis de retenir les bâtiments à disposition ». Cela appelle trois remarques de ma part : 1/ notre position : rénover un des sites disponible sur l’agglo (et non pas le siège actuel mais par ex la grande Poste ou Bon Secours), correspond à la nécessité de valoriser notre riche patrimoine avant de bétonner. 2/ la proposition de la grande Poste tient tout à fait la corde avec Centralia, avec l’énorme plus value d’une architecture prestigieuse et faite pour durer. J’ai indiqué que la région Grand Est avait eu cette intelligence en achetant en septembre dernier la même superficie que Centralia Bd de Trêves… pour 10 M€ ! 3/ le FN n’est pas un parti d’extrême droite, même la préfecture le reconnaît 😉
    Une question : cette intéressante grille d’évaluation, qui n’a pas été présentée aux élus hier, est elle un document officiel ? Hier, la solution de réinvestir une friche de notre agglo a été totalement escamotée !
    Françoise Grolet

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